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Varenne de l’eau : les Chambres mouillent la chemise.

Top départ pour les rendez-vous d’échange autour du Varenne de l’eau. L’Eure a essuyé les plâtres le 20 octobre dernier au lycée agricole de Chambray pour une arrivée finale le 10 novembre au lycée agricole du Robillard (14). A la réalisation, les Chambres d’agriculture de Normandie qui mouillent la chemise pour anticiper les pratiques culturales et d’élevage dans un contexte de réchauffement climatique.

© DR.

« Il faut anticiper les trajectoires du réchauffement climatique pour transmettre son exploitation dans les meilleures conditions. Il faut imaginer l’agriculture euroise en fonction de ces changements et en tenant en compte du binôme territoire/climat ». Dans son propos introductif, Gilles Lievens (président de la Chambre d’agriculture de l’Eure) a rappelé les tenants et aboutissants de ce vaste chantier piloté régionalement par la CRAN, la DRAAF et la Région. L’objectif, à court terme, est de disposer en 2022 d’une feuille de route commune et opérationnelle pour adapter les systèmes agricoles (végétal et animal) à cette nouvelle donne. Une feuille de route nourrie, en proximité, par des agriculteurs à la fois inquiets et combatifs.

 

+ 0,3o C tous les 10 ans

Face aux climatosceptiques, les chiffres ont la dent dure. Le réchauffement est une réalité qui s’est accélérée dans les années 1980/90. A Guichainville (27), la température moyenne annuelle augmente de 0,32 oC tous les 10 ans (dans la moyenne régionale) et « ça va continuer. On sait ce qui va se passer dans les 30 ans », a révélé Isabelle Diomard, manager de projet climat au service biodiversité, boisement, agroenvironnement à la CRAN (Chambre régionale d’agriculture de Normandie).  Au-delà, différents scénarii divergent. Autre constat à bien prendre en compte, des dates de dernière gelée sortie hiver de plus en plus précoces en glissant d’une mi-mars vers une mi-février voire, une année sur 10, dernière gelée à la fin janvier. Conséquence : un risque aléa climatique plus important à l’instar du printemps 2021 avec un redémarrage en végétation précoce, mais beaucoup de dégâts sous les coups de boutoir de gelées tardives.

 

Un risque d’echaudage accru

Côté pluie, les quantités sont stables en moyenne, mais avec plus de variabilité. On pourrait s’en contenter, mais des températures à la hausse signifient plus d’évapotranspiration pour les plantes. Elles auront donc besoin de plus d’eau dont elles ne disposeront pas, sauf en cas d’irrigation. Agronomiquement, cela se traduit par un risque d’échaudage accru : « jusqu’à 28 jours échaudant une année sur 30 », pronostiquent les spécialistes de la CRAN. Un risque à minimiser en Normandie au fur et à mesure que l’on s’approche de la bordure maritime.

Le réchauffement fait donc froid dans le dos, « mais il peut dégager aussi des opportunités qui seront cependant bien inférieures au facteur risque in fine », a corrigé Jean Santerre. C’est le cas par exemple du maïs. L’augmentation des sommes de températures avance les dates d’ensilage d’octobre-novembre à septembre, donc dans de meilleures conditions météorologiques. Reste la prairie, le bonheur sera-t-il dans le pré ? « La première récolte d’herbe sera de plus en plus précoce. On gagne 1 à 2 jours par décennie, mais les pluies seront de plus en plus gênantes pour faire un foin de qualité avec de moins en moins de périodes de 4 jours sèches surtout dans l’ouest de la Normandie où il sera de plus en plus difficile de passer entre les gouttes ».  Parallèlement, il faut s’attendre à davantage de creux d’été notamment sur les prairies RGA (Ray-Grass anglais) qui stoppent leur croissance dès 25 oC. Dans ce pas de temps à 30 ans, une attention toute particulière sera également à porter au bien-être animal pour maîtriser le niveau de stress, tant à l’extérieur (ombrage, abreuvement...) que sous la stabulation (ventilateur, brumisateur...).

Dans ce débat participatif, les agriculteurs présents (céréaliers et éleveurs) ont confirmé, à l’épaisseur du coup de crayon prêt, cet état des lieux. Ils ont également partagé leurs solutions d’avenir. Des pistes scrupuleusement collationnées par les ingénieurs de la CRAN pour les aider à établir la feuille de route à venir. Alors pour ne pas y aller au doigt mouillé, participez-vous aussi à la prochaine réunion Varenne de l’eau. Il y va aussi de la crédibilité de la ferme Normandie vis-à-vis des décideurs.

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