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"Si les gens étaient raisonnables, il n'y aurait pas besoin de loi"

La Safer de Normandie organise le 7 juin son assemblée générale à Evreux, suivie d’une table-ronde* sur les formes d’accès au foncier : « Des fermes ou des firmes ? »

© @DR

Vous allez présenter des chiffres, dont ceux du marché de la prise de participation sociétaire. Dans l’Eure, le nombre d’hectares concernés s’élève à 15 377 en 2018. Parmi ceux-ci, 1 500 ont bénéfi cié à seulement onze agriculteurs. Comment lutter contre cet accaparement ?

Depuis deux ans, nous avons des chiffres précis. Nous n’avons rien contre les sociétés, mais derrière il y a des dérives. Ces 1 500 hectares ne correspondent pas à la politique publique qui est de privilégier l’installation et le renouvellement des générations. Ce nombre est à comparer aux 500 hectares qui ont permis l’installation de 100 agriculteurs dans le même département en 2018. Pour lutter contre ce phénomène, il faut agir. Dans notre société, si les gens étaient raisonnables, il n’y aurait pas besoin de faire des lois. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Emmanuel Macron a annoncé une loi foncière, confi rmé par le ministre de l’agriculture et par les députés sur le terrain. Tous disent qu’il faut faire quelque chose. L’Eure est l’un des départements où cette pratique est la plus développée mais toutes les régions du Nord de la France, où il y a du fermage, sont concernées.

Pensez-vous que la visibilité du marché foncier s’améliore ou s’opacifie ?

Nous sommes désormais capables de démontrer ce qu’il se passe, dans l’intérêt général. C’est certes plus visible mais néanmoins, il n’y a de la transparence que lorsque c’est régulé. De nouveaux outils sont indispensables si on veut maintenir une agriculture où les hommes ont leur place. C’est le modèle plébiscité par les consommateurs qui veulent savoir d’où vient leur alimentation. C’est la première fois dans l’histoire où une partie des agriculteurs qui s’agrandissent reprennent des fermes entières à plusieurs reprises, parfois tous les deux ans. Avant, on le faisait une fois dans sa carrière.

Votre table ronde de l’après-midi portera sur le thème « des fermes ou des firmes ». Que souhaitez-vous dire aux JA qui éprouvent des diffi cultés à être concurrentiels face à ces entreprises ?

Qu’il y ait autant de jeunes qui souhaitent s’installer est une chance en Europe. Mais s’il n’y a pas de loi foncière, la politique d’installation deviendra un leurre. Certains pays d’Europe, principalement de l’Est ont une politique publique de renouvellement des générations mais avec peu de jeunes prêts à s’installer. Ce serait une faute que de ne pas être capable de répondre à une demande de la société.

Vous souhaitez améliorer votre communication sur certains points pour lutter contre les idées reçues…

Dans beaucoup de comités techniques, la concurrence est très forte avec parfois 50 candidats sur un dossier. Il y a une personne satisfaite et 49 déçues. Nous voulons montrer que nous faisons notre travail et qu’on le ferait mieux si c’était plus transparent. S’il n’y avait pas la Safer, il y aurait combien d’installations? Beaucoup de dossiers ne verraient pas le jour. Par exemple, à Grasse, dans les Alpes Maritimes, la Safer vient de permettre l’installation de deux JA sur une propriété qui aurait dû partir pour du loisir, avec l’appui de Dior et des collectivités. Ils vont produire dujasmin pour l’industrie de luxe surune petite surface.

Les politiques publiques peinent à freiner la consommation deterres agricoles. Un mot sur vigifoncier, êtes-vous satisfait de cet outil ?

Il permet de travailler avec les collectivités locales. Elles ont besoin d’être accompagnées. Dans la loi foncière, Macron parle de « zéro consommation nette ». Cela ne se discute pas, c’est évident ; ce n’est pas qu’une question agricole, mais aussi une question d’autonomie alimentaire.Les terres agricoles captent le carbone, captent l’eau, deux valeurs primordiales pour les communes. Le réchauffement climatique n’est pas contestable aujourd’hui. Et pour créer des zones économiques, il existe dessolutions, différentes de celles quel’on connaissait jusqu’ici. •

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