" Rural " : Tranche de vie d'un " paysan ordinaire ".
Le dernier film-documentaire d'Edouard Bergeon " Rural ", est sorti sur les écrans le 4 mars. Il met en scène Jérôme Bayle, qui a été sous les feux médiatiques pendant quelques mois en 2025.
La caméra a suivi le phénomène Jérôme Bayle (prononcer " Baille-leu ") pendant de nombreux jours, à l'automne, en hiver, au printemps, en été... Elle l'a talonné dans ses nombreux déplacements toulousains, parisiens, locaux. Le documentaire s'ouvre sur une partie de rugby, sport que l'agriculteur-vedette a pratiqué dans sa jeunesse et qui a failli lui coûté la vie. Son maillot, découpé de toutes parts, trône encore en bonne place et bien encadré dans le bar du village. Le rugby est un sport d'homme, un sport paysan par excellence dans lequel on se donne à fond. Un sport de coups, de cohésion, de camaraderie qui se termine toujours autour d'un bon repas.
Jérôme Bayle est un homme bon, résilient, qui a le cœur sur la main, qui veut faire avancer les dossiers. C'est indéniable. Son combat est que les agriculteurs soient heureux et qu'ils ne finissent pas une balle dans la tête ou une corde au cou. Car, à l'image du réalisateur Edouard Bergeon qui a mis ce drame en scène dans " Au nom de la Terre ", Jérôme Bayle a souffert de la disparition brutale de son père qui s'est suicidé en 2015. C'est lui qui l'a trouvé au petit matin à l'entrée de la ferme. A seize ans, le choc est rude et l'on sait à ce moment que l'adolescence et les années d'insouciance sont terminées. Jérôme Bayle a aussi à cœur de vouloir transmettre de vraies valeurs aux plus jeunes. Il en est ainsi quand une mère de famille (divorcée) accompagnée de ses deux enfants, un garçon et une fille, vient louer une maison que Jérôme Bayle a rachetée à son oncle avec les terres environnantes. Les deux enfants délaissent leurs consoles et se prennent à participer aux travaux de la ferme, chasser les ragondins, nourrir les animaux, aider à la pose de clôtures, conduire le télescopique ou le tracteur... On sent ici toute sa passion du métier et son amour de la transmission.
Moment improbable
Ce documentaire qui oscille parfois entre biographie et panégyrie, retrace la notoriété soudaine d'un agriculteur de base. Il montre et démontre également toute la contradiction de l'homme qui rejette les syndicats mais qui finalement fait comme eux, un peu comme les mouvements des coordinations (infirmières, étudiants, assistantes sociales...) des années 1990. En ce sens, ce film est humain car il souligne les contradictions du personnage Bayle, même si ce n'est peut-être pas l'intention majeure et première d'Edouard Bergeon. Le leader haut-garonnais se dit " apolitique et asyndical ". Mais il crée une association " Les Ultras de l'A64 " qui s'organise pour " quadriller le territoire et les productions " et monter une liste aux élections Chambres... comme n'importe quel autre syndicat. Cet " apolitique " rencontre aussi la cheffe des Écologistes, Marine Tondelier et le Premier ministre d'alors Gabriel Attal. Tutoiement de rigueur des deux côtés. Sous le masque de l'indépendance, se révèlent cependant quelques accointances qui cachent parfois mal l'appel des spots et de la lumière, même si le personnage haut en couleur se défend de vouloir être une vedette. Le moment le plus improbable du film est la rencontre avec le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, sur l'exploitation de Jérôme Bayle, en plein été, le second tenant un discours à contrepied du premier ! En façade en tout cas car sur le fond, le " paysan " haut-garonnais demande la même chose que le syndicat majoritaire : " avoir des retenues d'eau ", pousser les consommateurs à " acheter français ", avoir des moyens de production... Une scène d'autant plus cocasse que Jérôme Bayle avoue d'ailleurs avoir fait sécession pour les élections aux Chambres d'agriculture en Haute-Garonne parce que la FDSEA locale et les JA ne voulaient pas de lui... En somme, ce film qui est sorti dans près de 200 salles en France et qui n'a nécessité que peu de moyens (environ 300 000 €) brosse le portrait d'un agriculteur isolé qui, comme tous les autres, cherche à vivre du fruit de son travail et à transmettre, plus tard son exploitation. Un paysan ordinaire en somme.