Protection des busards dans l'Eure : un bilan 2026 encourageant
Le vendredi 9 octobre, pour la première fois dans l'Eure, une soirée dédiée à la protection des busards a réuni les acteurs engagés dans la sauvegarde de ces rapaces emblématiques des plaines agricoles. Organisée autour de deux temps forts, cette rencontre a permis de dresser le bilan de la saison 2026 avant de proposer la projection du documentaire Le Busard sur la paille, réalisé par Marion Fernandez et Maxence Lamoureux.
Une espèce protégée au cœur des paysages agricoles
Le busard Saint-Martin, comme les autres espèces de busards présentes dans le département, occupe une place particulière dans les paysages agricoles eurois. D'avril à août, ces rapaces nichent directement au sol, principalement dans les cultures de blé et d'orge. Cette stratégie de reproduction les rend particulièrement vulnérables aux travaux agricoles, notamment lors des moissons qui interviennent souvent avant l'envol des jeunes.
Espèce protégée au niveau national, le busard bénéficie également d'une prise en compte dans le cadre des réglementations européennes relatives à la préservation des oiseaux sauvages. Sa présence constitue ainsi un enjeu de biodiversité important, mais également un élément pris en considération dans la conditionnalité de la Politique Agricole Commune (PAC).
La protection des busards repose avant tout sur une coopération étroite entre agriculteurs, associations naturalistes et services de l'État.
Une procédure de protection bien rodée
Chaque printemps, les bénévoles de l'association assurent un travail minutieux d'observation du territoire. Leur mission consiste à repérer les couples reproducteurs, localiser les nids et estimer à la fois la date prévisionnelle des récoltes et celle de l'envol des jeunes.
Une fois les nids identifiés, les services de la Direction départementale des territoires et de la mer de l'Eure (DDTM27) prennent contact avec les exploitants agricoles concernés, par téléphone puis par courrier, afin d'obtenir leur accord pour la mise en place d'une protection.
Les bénévoles installent alors un enclos de protection de 3 mètres sur 3 autour du nid. Ce dispositif permet de préserver les poussins lors du passage des engins de récolte tout en garantissant la poursuite normale des activités agricoles.
Saison 2026 : des résultats encourageants
La saison 2026 a été marquée par plusieurs réussites notables.
Au total, 38 couples de busards ont été localisés dans l'Eure, dont 30 nids identifiés grâce à l'utilisation de drones, outil devenu précieux pour améliorer l'efficacité des recherches tout en limitant le dérangement des oiseaux.
Parmi les faits marquants de l'année, trois poussins ont été bagués, une opération permettant un meilleur suivi scientifique des populations et de leurs déplacements.
L'association Asso NR - Naturellement Reuilly a également apporté son concours aux opérations de protection sur le secteur sud d'Évreux, renforçant ainsi la mobilisation locale en faveur de l'espèce.
Au terme de la saison, 64 juvéniles ont pu prendre leur envol dont 37 après moisson, un résultat particulièrement encourageant qui témoigne de l'efficacité des actions menées conjointement par les bénévoles, les agriculteurs, la DDTM et les partenaires naturalistes.
Un documentaire pour illustrer la coopération entre nature et agriculture
La seconde partie de la soirée a été consacrée à la projection du film documentaire Le Busard sur la paille, sorti en 2025 et réalisé par Marion Fernandez et Maxence Lamoureux.
D'une durée de 52 minutes, ce documentaire retrace la vie d'un rapace menacé par les moissons et met en lumière l'engagement humain nécessaire à sa sauvegarde. À travers des images de terrain et des témoignages, le film révèle une démarche fondée sur la passion, la solidarité et la transmission des connaissances.
Loin d'opposer agriculture et protection de la nature, Le Busard sur la paille montre comment bénévoles, naturalistes et agriculteurs peuvent devenir des acteurs complémentaires de la préservation de la biodiversité. Le documentaire illustre concrètement que le dialogue, la coopération et les actions menées sur le terrain permettent de faire des exploitants agricoles des maillons essentiels de la chaîne de sauvegarde du busard cendré.
Une mobilisation collective à poursuivre
Le bilan 2026 confirme que la protection des busards dans l'Eure repose avant tout sur une dynamique collective. Les résultats obtenus cette année démontrent qu'une collaboration étroite entre les associations, les agriculteurs et les services de l'État permet de concilier activité agricole et préservation d'une espèce emblématique de nos campagnes.
Cette première édition départementale aura ainsi permis non seulement de mettre en valeur le travail accompli sur le terrain, mais également de sensibiliser un plus large public aux enjeux de conservation de ces rapaces dont l'avenir dépend de l'engagement de tous.