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Prix du lait : corriger le tir avant qu'il ne soit trop tard

Journée GMS (Grande et Moyenne Surface) aujourd'hui pour la FNSEA 27. Laurent Duclos et Benoît Gavelle, accompagnés de quelques collègues, rencontrent les responsables des 4 centrales d'achat du département (Système U, Intermarché, Lidl et Scanormande). Objectif en lait : obtenir une revalorisation de 40 à 50 EUR/1 000 l avant qu'il ne soit trop tard. Les autres filières animales seront également au menu des discussions.

Partout dans l'Eure, les prairies ne sont plus que paillasson (comme ici chez Laurent Duclos à St-Mards-de-Fresne). Côté maïs et en certains endroits, la perte de rendement pourrait dépasser les 50 %, une situation fourragère qui vient aggraver la conjoncture.
Partout dans l'Eure, les prairies ne sont plus que paillasson (comme ici chez Laurent Duclos à St-Mards-de-Fresne). Côté maïs et en certains endroits, la perte de rendement pourrait dépasser les 50 %, une situation fourragère qui vient aggraver la conjoncture.
© TG

« Une double peine » qualifient de concert Laurent Duclos et Benoît Gavelle (section lait de la FNSEA 27) à l'évocation de la conjoncture laitière. En cause : une loi Egalim bafouée avec une prise en compte des coûts de production totalement déconnectée de la réalité couplée à une sécheresse qui consomme par anticipation des stocks fourragers qui ne se referont pas la cerise à l'automne avec les maïs. La décapitalisation est en marche (lire aussi en page 4). L'avenirde la filière dans le département de l'Eure, et plus globalement celui de toutes les productions animales, est suspendu à une juste revalorisation des cours côté ferme. Entretien en 5 points.

1. LE NON-RESPECT DES CONTRATS « La construction du prix payé au producteur doit tenir compte des coûts de production, mais les industriels ne respectent pas cette règle. Avec la situation internationale et l'envolée du prix des intrants et de l'énergie, ils ont explosé. Les industriels jouent la politique de l'autruche en s'appuyant sur des chiffres 2020/2021 complètement déconnectés de la réalité du moment. Conséquence, le prix français (400 EUR) dévisse par rapport à nos voisins européens : 500 EUR en Allemagne,550 EUR aux Pays-Bas... Nous réclamons pour notre part une hausse de 40 à 50 EUR/1 000 l » .

2. LA LOI EGALIM BAFOUÉE « La loi Egalim est bafouée. La GMS cherche par tous les moyens à la contourner. Le lait reste un produit d'appel. On le retrouve en tête de gondole à des prix indécents. On est revenu deux ans en arrière. L'Etat se dérobe en ne jouant pas son rôle de gendarme alors qu'il suffirait de 0,20 EUR de plus par brique pour pérenniser une filière créatrice d'emplois et de biodiversité ».

3. SÉCHERESSE ET EFFET CISEAU « Il faut ajouter à cette conjoncture une sécheresse historique qui va provoquer un effet ciseau. Les prairies ne sont plus que paillasson et nous tapons dans nos stocks fourragers d'hiver. Parallèlement, les maïs sont en état de dissécation sur pieds. Il faut s'attendre en certaines zones à des pertes de rendements dépassant les 50 %. Face à cette situation, la FNSEA 27 va d'ailleurs proposer une bourse aux fourrages ».

4. QUID DU RENOUVELLEMENT... « La filière laitière, dont la transformation et la distribution sont acteurs, n'envoie pas de bons signaux. La rentabilité de nos outils vire au rouge. Comment, dans ce contexte, installer des jeunes pour assurer le renouvellement des générations ? Comment convaincre les banques de financer des projets de reprise, d'agrandissement ou simplement de mise aux normes ? C'est vrai aussi en production porcine et bovin viande. Pourtant, nous sommes persuadés qu'il n'est pas encore trop tard pour rectifier le tir. C'est tout le sens de notre action de jeudi. Nous ne serons pas le 11 août prochain pour écouter la GMS, mais pour lui signifier dans quel sens elle doit aller pour renouer avec une vraie dynamique constructive. Si nous ne sommes pas entendus, nous passerons à la vitesse supérieure ».

5. ...ET DE LA SOUVERAINETÉ « On peut s'interroger sur la sincérité de nos dirigeants à vouloir garantir la souveraineté alimentaire de la France, mais aussi de la planète. Si on produit encore moins de lait demain dans le Grand Ouest, où ira-t-on le chercher ? Dans quelles conditions sociales et environnementales sera-t-il produit ? Avec quel bilan carbone ? Avec quelle casse en termes d'emplois ? La production laitière est délocalisable, mais pour quel prix global ? Les choix qui sont faits aujourd'hui engagent l'avenir des producteurs, mais aussi des consommateurs et du citoyen pour plusieurs décennies. Si on fait un trait sur les productions animales, on ne reviendra pas en arrière ».

Et pendant ce temps...

Lactalis tente de la mettre à l'envers. « Dans le contexte inflationniste totalement inédit que nous traversons, la clause de prix définie avec les principales Organisations de Producteurs partenaires n'est ponctuellement plus adaptée à la conjoncture actuelle. Afin de préserver la viabilité économique de notre accord avec les OP, nous avons fait le choix d'activer la clause de sauvegarde. Cette activation va ouvrir une période de discussion et de concertation permettant de définir conjointement les ajustements temporaires indispensables », écrit le géant lavalois à ses producteurs. Et toujours pendant ce temps, l'Union européenne et la Nouvelle-Zélande ont pactisé un nouvel accord commercial (signé le 30 juin). Les nouveaux contingents d'importations de produits agricoles laitiers alloués portent sur 15 000 t de lait poudre et 1 500 t de contingents supplémentaires. Un accord qui ne reprend pas l'ensemble des normes d'élevage européennes.

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