Prairies dégradées : observer avant toute décision de reprise
L'été 2026, très chaud et sec (+ 10 à 20 % par rapport aux températures saisonnières), a engendré un déficit de production des prairies dans l'ensemble de la région. Dans ce contexte, comment piloter la conduite des prairies jusqu'à cet hiver ?
L'hiver arrive et de nombreuses prairies semblent dégradées mais ne sont pas forcément perdues : l'observation doit primer avant toute décision de rénovation. Le facteur limitant est aujourd'hui l'eau et non l'azote. Le sursemis peut être une solution, mais sa réussite dépend fortement de plusieurs conditions. Dans ce contexte, le semis de prairie sous couvert de méteil apparaît comme l'option la plus sécurisante.
Un déficit de production qui perdure
La pousse de l'herbe en Normandie a atteint des niveaux historiquement bas cet été. Le déficit de production fourragère entre le début de l'année et fin août est estimé à 36 % pour la région. Le Calvados est particulièrement touché, avec des pertes estimées à 80 % entre le 22 juin et le 31 août, tandis que la Seine-Maritime est moins impactée. Le retour de la pluie dernièrement a permis aux prairies de reverdir mais pas pour autant de relancer leur croissance. La valorisation de l'herbe à l'automne (récolte ou pâturage) semble donc fortement compromise et risque de maintenir une consommation importante des stocks fourragers.
Éviter le pâturage trop tôt
Il faut éviter de remettre les animaux au pâturage trop tôt (si la hauteur d'herbe est inférieure à 8 cm à l'herbomètre) pour laisser la prairie redémarrer doucement et ne pas la défavoriser avant l'entrée de l'hiver. Si possible, il est préférable de continuer d'affourager les animaux ou bien de les faire pâturer sur les prairies temporaires en fin de carrière ou dont le resemis sera possible.
Il est tentant de vouloir rénover les prairies grillées par cet été, mais elles ne sont pas forcément mortes. De plus, la période classique d'implantation des prairies de fin d'été - début automne touche à sa fin et les conditions météo n'ont toujours pas été réunies pour assurer de bonnes implantations. Attendre semble malheureusement être le maître mot.
Pour les prairies qui ont commencé à reverdir, attendre un redémarrage en production avant de faire un diagnostic permettra, dans certains cas, d'éviter d'investir dans des semences, de la main-d'œuvre et dans des opérations culturales.
Un resemis tardif et dans de mauvaises conditions peut, dans la majorité des cas, être moins productif l'an prochain qu'une prairie qui redémarrerait à la suite de cette année. Un sursemis peut être envisageable, mais sa réussite est également dictée par différentes conditions. Le facteur limitant restera bien l'eau et non l'azote : l'apport d'azote minéral pour " booster " la prairie sera très probablement coûteux et peu efficace.
Sursemis : un pari risqué
Le sursemis consiste à implanter de nouvelles espèces fourragères dans une prairie existante sans la détruire. Cette technique permet d'améliorer la productivité, la qualité fourragère et la pérennité de la prairie en évitant une interruption de production. Sa réussite repose principalement sur une bonne implantation des graines et une maîtrise de la concurrence exercée par la végétation déjà en place.
Sous couvert de méteil
L'alternative du semis de prairie sous couvert de méteil se profile à l'horizon et permet d'espérer pouvoir semer des prairies jusqu'au 20 octobre maximum. Par ailleurs, le semis sous couvert permettra une double production fourragère et donc de renflouer les stocks au printemps prochain. Cette stratégie semble bien adaptée à la sécurité fourragère des exploitations, notamment dans le contexte actuel, où les réserves ont été fortement impactées et la production de fourrages réduite depuis plusieurs mois.