Amaury LEVESQUE, président de la FNSEA 27
" Noyons l'administration " : la FNSEA 27 appelle à une mobilisation massive.
En France, la taille des haies par les agriculteurs est soumise à une réglementation stricte. Les interventions ne sont autorisées que du 15 août au 15 mars. En dehors de cette période, elles sont en principe interdites, sauf dérogation exceptionnelle accordée par l'administration. Cette année, face à des conditions climatiques particulièrement défavorables, la FNSEA 27 avait sollicité une dérogation collective. Une demande finalement refusée par le préfet de l'Eure.
Face à des parcelles restées inondées pendant plusieurs semaines, la FNSEA de l'Eure dénonce l'impossibilité de respecter le calendrier de taille des haies. Après le refus d'une dérogation collective par l'administration, le syndicat appelle les agriculteurs à déposer massivement des demandes individuelles.
La FNSEA 27 alerte sur des parcelles impraticables. Quelle est la réalité aujourd'hui dans l'Eure ?
La situation est très claire : une grande partie des parcelles est restée inondée pendant des semaines. Dans certains secteurs, les agriculteurs n'ont tout simplement pas pu entrer dans leurs champs. Quand vous avez de l'eau, vous ne passez pas avec un tracteur, c'est aussi simple que ça. Aujourd'hui encore, certaines zones sont à peine accessibles.
Pourquoi est-il impossible de respecter les obligations de taille des haies cette année ?
Parce que le calendrier administratif ne tient pas compte de la réalité climatique. Les fenêtres d'intervention ont été totalement perturbées. On ne peut pas demander à un agriculteur de respecter une date quand, concrètement, il ne peut pas travailler. Ce n'est pas une question de volonté, c'est une question de faisabilité.
Vous avez demandé une dérogation collective, refusée par l'administration. Comment réagissez-vous ?
C'est une incompréhension totale. Nous avons fait une demande simple, justifiée par une situation exceptionnelle, et on nous oppose un refus administratif. Cela montre encore une fois que les règles passent avant le bon sens. On a le sentiment que la réalité du terrain n'est pas entendue.
Vous appelez aujourd'hui les agriculteurs à déposer des demandes individuelles. Pourquoi cette stratégie ?
Puisque l'administration refuse de voir la réalité globale, elle va devoir la regarder dossier par dossier. Nous appelons tous les agriculteurs concernés à déposer une demande de dérogation individuelle. Si le système fonctionne à la paperasse, alors utilisons-le. C'est une manière de faire remonter concrètement l'ampleur du problème.
Est-ce une forme de mobilisation pour faire bouger les lignes ?
Oui, clairement. Ce n'est pas contre les agents, mais contre un système trop rigide. À un moment donné, il faut que l'on comprenne que l'agriculture ne se pilote pas depuis un bureau. Elle se vit dans les champs, avec des contraintes réelles, notamment climatiques.
Comment concilier ces contraintes avec les enjeux environnementaux liés aux haies ?
Nous ne remettons pas en cause l'intérêt des haies, bien au contraire. Mais il faut du pragmatisme. Quand une année est exceptionnelle, il faut savoir s'adapter. Sinon, on met les agriculteurs en difficulté inutilement.
Qu'attendez-vous dans les prochains jours ?
Nous demandons à l'administration de revoir sa position. Et en attendant, nous appelons les agriculteurs à se mobiliser. Plus il y aura de demandes individuelles, plus il sera difficile d'ignorer la situation.
Cette situation est-elle révélatrice d'un problème plus profond ?
Oui. Il y a un décalage croissant entre les décisions administratives et la réalité agricole. Ce que nous demandons, c'est simplement d'être entendus et de pouvoir travailler dans des conditions cohérentes.