Maïs : démarrage à froid, le piège des semis trop précoces.
Les semis des espèces de printemps s'enchaînent et la tentation de débuter les semis de maïs se fait de plus en plus ressentir.
Bien que les températures atmosphériques sont excédentaires elles ne reflètent pas toujours l'état réel du sol, encore parfois froid ou humide. Or, pour réussir l'implantation du maïs, la température du sol reste le premier facteur déterminant : en dessous de 10 °C, la levée peut s'étirer sur plusieurs semaines. , la patience s'impose donc : semer trop tôt, sur un sol insuffisamment réchauffé, expose à une levée lente et à des pertes potentielles, à des resemis...
La température du sol premier facteur de réussite
L'objectif est de semer à une date permettant d'avoir un sol suffisamment réchauffé le jour du semis et les jours suivants. L'intérêt étant d'obtenir une levée rapide avec une bonne vigueur de départ permettant de limiter la durée de sensibilité aux ravageurs et maladies du sol (taupins, pythium...), aux ravageurs aériens (corvidés, géomyze...).
La germination des semences de maïs et la levée sont conditionnées par la présence d'oxygène, d'humidité (avec un bon contact terre-graine) et de température. La durée de ces premières phases germination-levée est déterminée par la température du sol.
À titre d'exemple, la durée nécessaire à la germination et à la sortie de la radicule et du coléoptile jusqu'à la levée est :
à 6 °C, de 1 000 h soit 6 semaines,
à 10 °C, de 200 h soit 1 semaine,
à 15 °C, de 100 h soit moins d'une semaine.
Semer trop précipitamment sur un sol non réchauffé et qui ne va pas se réchauffer dans les prochains jours va rendre la levée très lente et le risque d'attaques de bioagresseurs fortes !
La recommandation est de semer sur un sol avec une température d'au moins 10 °C. Mesurer la température du sol le matin à 10 heures ou le soir à 20 heures pour avoir une bonne représentation de la température journalière moyenne. Pour avoir une température stable il est préférable de la mesurer à 15 cm de profondeur. À 4 cm la T°C du sol peut connaître de grandes variations dans la journée.
La température du sol estimée par la température de l'air ?
Le lien entre température du sol et température de l'air n'est pas toujours très bien défini, cela dépend du type de sol. De ce fait les sols de craie, les sols sableux de bord de mer ou les argilo-calcaire vont avoir une vitesse de réchauffement plus importante que les sols de sable de bord de fleuve, de limons sains, battants ou hydromorphes.
Les excès d'eau du mois de février peinent encore à s'estomper dans certains secteurs hydromorphes - notamment dans les différents bocages normands. Le sol chargé en eau à une capacité de réchauffement moindre.
La date de semis : conditionnée par les températures le jour du semis et après
Le tableau 1 indique la durée de levée médiane des 20 dernières années selon la date de semis et la localisation géographique (modèle phénologique Arvalis). En médiane, pour le Sud Manche, le Perche et l'Eure, un semis à partir de fin avril permet d'obtenir une levée en moins de 12 jours. Tandis qu'il faut attendre début mai pour le Calvados ou la Seine-Maritime et le reste de l'Orne.
Attendre ? Non ! Anticiper pour ne pas subir ? Oui
L'attente du bon moment et de la bonne température de sol est propice à la réflexion et à l'anticipation. Cela peut se faire sur plusieurs points :
Réglage du semoir : vidéo tutoriel pour reprendre les points de contrôle
Le réglage des éléments du semoir est indispensable pour assurer la qualité du semis. La vidéo ci-dessous reprend les différents points de contrôle : https://www.youtube.com/watch?v=tOzVno_12T0
Anticipation de la densité de semis
Le tableau 2 redonne les ordres de grandeur de densité de plante à l'hectare fonction de la précocité variétale. En Normandie, les précocités vont de S0-très précoces (façade maritime nord) à S2-demi précoce (sud de l'Eure ou de l'Orne). En maïs grain, les densités peuvent être diminuées de 5 000 pl/ha. La densité au semis est à majorer de 5 à 10 % par rapport aux chiffres ci-dessous pour prendre en compte les pertes à la levée.
Gestion des adventices et fertilisation dès le semis ?
Plus complexe que cela ces deux sujets feront l'objet prochainement de deux messageries distinctes pour bien prendre en compte la flore adventice (notamment la nouvelle qui fait déjà beaucoup parler d'elle : DATURA) et la stratégie de fertilisation dans un contexte économique tendu.