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À Livarot-Pays-d’Auge, Lucile, Osman et 47 chèvres.

Osman Omer est salarié à la ferme d’Esmeralda, dans le Pays d’Auge, depuis le mois de janvier. Le contrat entre le jeune homme, réfugié d’Erythrée, et Lucile Bernouis est signé dans le cadre de Migr’action. Rencontre.

Lucile et Osman travaillent ensemble depuis le 10 janvier. Ils ont appris à gérer la barrière de la langue. « Quand on emploie une personne réfugiée, il faut être prêt à lui consacrer du temps pour l’aider à comprendre ce qu’on lui demande dans une ferme qu’elle ne connaît pas. Ça peut être complexe, mais c’est très enrichissant », promet Lucile.
Lucile et Osman travaillent ensemble depuis le 10 janvier. Ils ont appris à gérer la barrière de la langue. « Quand on emploie une personne réfugiée, il faut être prêt à lui consacrer du temps pour l’aider à comprendre ce qu’on lui demande dans une ferme qu’elle ne connaît pas. Ça peut être complexe, mais c’est très enrichissant », promet Lucile.
© JP

Un contrat de travail, un CDD de deux mois. Voilà ce qui unit Lucile Bernouis, 46 ans, éleveuse de chèvres dans le Pays d’Auge, et Osman Omer, 25 ans, réfugié érythréen.

 

 

LUCILE

Lucile et son mari Nicolas sont arrivés à Livarot-Pays-d’Auge en 2010. Elle était agent de voyage et lui instit’. Elle s’installe d’abord toute seule, en chèvres et vaches allaitantes. Quand Nicolas la rejoint en 2015, ils relèvent le seuil de « sept à quinze vaches Nantaises », et arrivent à 47 chèvres poitevines. Le couple cultive aussi des céréales, dont 2 ha de blé. Le tout en AB. Le lait de chèvre est transformé à la ferme en fromage, vendu sur les marchés et en circuit court. Nicolas cuit du pain, commercialisé via le même chemin. « Je trais à la main », informe Lucile. En décembre, elle se casse un doigt. L’éleveuse cherche alors quelqu’un à embaucher, pour l’aider. « J’avais participé à une réunion organisée par Batik pour faire se rencontrer paysans et réfugiés. Le sujet me touche. » En janvier, l’ONG la rappelle : Osman Omer est prêt à venir.

 

OSMAN

Osman Omer est Érythréen. « Je suis allé à l’école pendant neuf ans. Je voulais continuer les études, mais mon pays est une dictature. Je devais entrer dans l’armée. J’ai obtenu des recours. Un jour, je prenais le café chez ma sœur. Ma nièce m’a prévnu que l’armée venait me chercher. Je suis parti. C’était le 10 avril 2017 », rapporte-t-il, dans un français un peu saccadé - mais en progression - et aidé par Lucile. Il ajoute : « tous les gens de mon âge, là-bas, sont devenus soldats ». Osman passe par l’Éthiopie, le Soudan et la Libye. « J’y suis resté trois ans. », dit-il en mimant trois de la main et tout sourire. « Il faut le savoir, Osman a de l’humour », prévient Lucile. Il embarque un jour de 2020 pour l’Italie, où il arrive pendant la pandémie. Il reste 27 jours en Sicile. « À la fin de la période d’isolement, je suis parti vers la France. Vers Caen », où il fait sa demande d’asile, en novembre 2020. Là, commencent l’attente, les allers-retours entre les préfectures de Rouen et Caen. On lui parle de l’éventualité de retourner en Italie, « où ses empreintes ont été prises », traduit Lucile. Osman reprend : « j’ai toujours dit OK, pas de problème ». Le jeune homme obtient le statut de réfugié huit mois plus tard. Et avec lui, le droit de travailler.

 

DEUX MOIS DE TRAVAIL

Quand Lucile écope d’un mois et demi d’arrêt, les chèvres sont taries, mais « j’avais besoin d’aide ». Osman débarque le 10 janvier, d’abord pour un court séjour : « je demandais du travail. » Et d’ajouter : « tranquille, pas de problème ». Il s’occupe donc des soins aux vaches et aux chèvres, du four à bois avec Nicolas, de l’entretien des parcours pour les chèvres. En semaine, Osman reste à la ferme. Le week-end, il prend le train pour aller à Lisieux. Le contrat est établi pour trente-cinq heures, payées au Smic. « La barrière de la langue dans le travail peut être complexe », relève Lucile. Si elle juge cette expérience « très enrichissante », elle prévient que « ce n’est pas non plus facile. On partage la maison, le travail. Dans les fermes, parfois il n’y a qu’une seule pièce qui a le wifi... Mais Osman est vraiment cool, il a un super tempérament. » Osman de ponctuer : « OK, pas de problème ».

Le 10 mars, Osman a terminé son contrat de travail et il est reparti au centre d’hébergement de Condé-sur-Noireau. Il doit y suivre les cours de français obligatoires et retrouver sa troupe : « je joue dans un théâtre, je veux faire de la comédie ».

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