À l'hôpital des chevaux : "ils ont gagné 10 ans de vie".
Le centre hospitalier vétérinaire équin de Livet, dans le Pays d'Auge, est en constante évolution pour prodiguer des soins toujours plus performants à une population équine qui vit de plus en plus longtemps. Cet hôpital pour chevaux est privé, abritant 34 vétérinaires dont 15 associés.
"Les coliques sont fréquentes chez les chevaux. C'est un vrai problème", distille avec sérieux Hervé Morin, mardi 25 août, dans les couloirs du Centre hospitalier vétérinaire équin (CHVE) Livet, à Saint-Germain-de-Livet, près de Livarot. Passionné de chevaux, le président de Région Normandie, a donc allié travail et plaisir au cours de cette visite permettant de relever les avancées techniques en matière de soins du cheval en Normandie, qui compte 117 000 équidés.
Cinq hôpitaux en France
Fondé en 1991 par le Dr Géraud Tourtoulou, l'établissement privé n'a eu de cesse de se spécialiser et de se moderniser au fil des années. "Nous sommes un petit village champignon qui grossit au fur et à mesure", concède avec amusement Valérie Picandet, cheffe en médecine interne. Avec 34 vétérinaires, dont quinze associés, onze assistants vétérinaires et de nombreux stagiaires accueillis tout au long de l'année, entre autres, la structure est passée de TPE à PME, endossant le statut de centre hospitalier vétérinaire équin. "Il n'en existe que quatre en France : à Toulouse, à Grenade près de Bordeaux, à Écouché-les-Vallées (Orne) et chez nous, à Livet", évoque la soigneuse, contre quinze CHV canins référencés par l'Ordre des vétérinaires. Idem pour Goustranville (Calvados) qui est un centre hospitalier, lui aussi, mais universitaire.
2 000 hospitalisations
S'inspirant des modèles américains et australiens où les "grosses structures" sont monnaie courante, le CHV de Livet travaille 365 jours sur 365 et 24 heures sur 24. Les unités de soin se répartissent en diverses spécialités : locomotion, chirurgie, médecine interne, hospitalisation, etc. Les experts prodiguent aussi des visites à domicile à Livarot et Beaumont-en-Auge. "On est un centre de référés (sic), donc il y a des vétérinaires qui nous envoient des chevaux de toute la France, voire de Belgique", remarque Valérie Picandet.
"Les chevaux sont clairement plus médicalisés"
Au total, 2 000 équidés sont hospitalisés par an. Parmi les pensionnaires, on retrouve des chevaux de course, de dressage ou de sauts d'obstacles à 50 % et des chevaux dits de loisirs ou issus d'associations. "En ce moment, on a une belle collection d'ânes. On n'a pas encore eu de zèbre, mais on ne sait jamais", lance la docteure.
Concernant les urgences en soins intensifs, les coliques (douleurs intestinales, digestives) sont les pathologies les plus fréquentes à Livet. "C'est la maladie du cheval, malheureusement, souligne Valérie Picandet. Nous recevons aussi énormément de chevaux pour des problèmes de boiterie, liés au fait que le cheval soit un athlète". Les soins prodigués aux dents sont aussi de plus en plus pratiqués. "Les chevaux sont clairement plus médicalisés. Depuis trente ans environ, les chevaux vivent dix ans de plus en moyenne, constate Rozenn Le Moan, cheffe du centre d'insémination artificielle. La population de vieux chevaux a énormément augmenté. [...] Avant, un cheval de 25 ans qui commençait à avoir des problèmes, il était euthanasié."
Une main-d'œuvre tarie
La demande est forte mais la main-d'œuvre, comme pour les vétérinaires ruraux, se raréfie. "On est en pénurie. Pendant des années, les écoles vétérinaires n'ont pas augmenté le nombre de vétérinaires formés alors que la demande de soin a beaucoup grandi", note Rozenn Le Moan. Pour devenir vétérinaire généraliste en France, il faut compter six années d'étude, huit en cas de spécialisation. Une école privée a ouvert à Rouen en 2022. "Mais c'est clair que la qualité de vie d'un vétérinaire canin et son salaire ne sont pas les mêmes qu'en milieu rural", disent-elles. Pour autant, elles n'échangeraient leur place pour rien au monde.