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Les Régions s’interrogent sur la relocalisation des productions.

Régions de France a organisé récemment, dans le cadre de la série Controverse des Régions, un débat intitulé « la relocalisation des activités agricoles, espoir ou illusion ? ».

© DR.

Marion Guillou, membre du Haut Conseil pour le Climat, ancienne présidente de l’Inra, et Serge Papin, ancien patron de Système U, médiateur auprès du ministre de l’Agriculture sur le suivi des Etats généraux de l’alimentation, étaient les invités de ce rendez-vous. Depuis le début de la crise sanitaire, la relocalisation de l’alimentation est devenue un thème récurrent. Mais de quoi parle-t-on ? « Aujourd’hui, on importe à peu près 20 % de ce que l’on mange en France », rappelle Marion Guillou. De plus, il y a des produits (café, cacao, etc.) qui resteront naturellement importés. Pour les autres produits, qui viennent en grande partie de l’Union européenne « a-t-on besoin de continuer à les importer ? ». Pour Marion Guillou, la question est de savoir si cela a un sens de relocaliser certaines productions en France, dans une Europe de la libre circulation. S’il faut relocaliser pour des questions de sécurité alimentaire, « on peut penser que le niveau européen est suffisant », précise-t-elle. Le consommateur pousse aussi à la relocalisation. « Cela fait longtemps qu’il y a une insatisfaction du consommateur qui recherche du lien avec son aliment. Cette crise a été l’occasion d’exprimer cette insatisfaction, et aussi d’exprimer sa solidarité avec les producteurs français » ajoute-t-elle. « Le consommateur sait qu’il y a un lien entre son alimentation et la santé, avec l’environnement, avec le local, avec les territoires. Il a envie de passer vers une consommation qui tend vers le mieux plutôt que vers le plus », renchérit Serge Papin.

 

Green Deal

Marion Guillou prend ensuite l’exemple des protéines végétales. « Aujourd’hui, on importe des protéines végétales pour nourrir les animaux d’Amérique du sud et souvent de zones qui ont été déforestées. Donc si l’on veut éviter la déforestation et récupérer les protéines végétales, il faut à nouveau développer les protéines végétales sur nos terres. Mais pour cela, il faut avoir les semences, avoir les méthodes culturales, avoir les silos, avoir les collecteurs. Il faut recréer toute une filière. C’est au moins une politique nationale, ne serait-ce que dans la recherche, pour trouver les semences. Mais c’est souvent de niveau européen. Pour la production de protéines végétales, il faudra qu’il y ait des aides européennes qui aident à la transition. C’est d’ailleurs dans le projet de Green Deal de la Commission européenne. Après, on pourra agir au niveau régional. Mais il faut les trois niveaux d’organisation ». De son côté, Serge Papin préconise le développement de ceintures vertes autour des métropoles pour le maraîchage. « L’agriculture a besoin de se diversifier avec du vivrier de proximité, de ‘‘l’industriel’’ si l’on veut aller à l’export, et de la production tournée vers les terroirs, c’est tout cela qu’il faut organiser », ajoute-t-il.

 

Variable d’ajustement

Autre piste pour Marion Guillou : « Pour encourager certaines productions, en plus d’être attentif au prix de vente, il faudra peut-être instaurer des marchés carbones », insiste-t-elle. Un hectare de légumineuses serait l’équivalent en carbone d’un aller Paris-New York explique-t-elle. « Cela pourra s’organiser localement, car les terrains ne sont pas partout les mêmes et les industriels ont besoin de compenser leurs émanations de carbones ». Serge Papin a conclu sur cette question de la rémunération de l’agriculteur. « Pourquoi cela ne fonctionne pas ? Depuis la LME de 2007, l’agriculteur est devenu la variable d’ajustement de la construction du prix. Pour en sortir il faut aller vers de la contractualisation pluriannuelle en se basant sur les indicateurs des coûts de production ». Serge Papin et Marion Guillou ont par ailleurs insisté sur l’étiquetage de l’origine France en restauration, et notamment en restauration collective, sur les projets de territoire pour la gestion de l’eau, sur l’importance des contrats territoriaux dans les Régions, dans le cadre de la future PAC. Les deux intervenants ont tenté de faire comprendre que les solutions ne sont pas uniques, ni simples, et encore moins simplistes. Espérons qu’ils auront été écoutés et entendus par les élus régionaux, et par les candidats aux élections régionales.

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