Les clés pour un épandage maîtrisé.
Les activités agricoles contribuent aux émissions de polluants atmosphériques. La période des épandages est particulièrement concernée. Tour d'horizon des leviers disponibles pour limiter ces émissions et favoriser l'assimilation de l'azote par la culture.
Le principal polluant atmosphérique émis par les activités agricoles est l'ammoniac (NH3). À chaque étape de la gestion de l'azote, des pertes sont possibles et c'est notamment le cas à l'occasion des épandages d'effluents organiques ou d'engrais minéraux. Une fraction de l'azote apportée se volatilise dans l'atmosphère générant une émission d'ammoniac. Ce phénomène de volatilisation varie en fonction de plusieurs facteurs et peut être réduit en activant les bons leviers techniques.
Le choix du matériel
Un lisier laissé à la surface du sol perd en moyenne 50 % de son azote ammoniacal par volatilisation (Atmo Normandie). Pour réduire ces pertes d'azote à l'épandage il faut réduire la surface et le temps de contact entre le fertilisant et l'air.
Pour les effluents ou les engrais minéraux liquides, les injecter directement dans le sol permet de maximiser le potentiel de réduction des émissions d'ammoniac qui peut ainsi atteindre 90 % (Ademe).
Si on ne dispose pas d'un injecteur, utiliser une rampe à pendillards pour épandre le lisier est un compromis intéressant qui permet de réduire les émissions d'ammoniac jusqu'à 60 % (Ademe).
C'est également vrai pour l'épandage de digestats issus de la méthanisation.
Pour avoir accès à ces matériels d'épandage performants, il est possible de faire appel aux Cuma ou aux entreprises de travaux agricoles, la majorité d'entre elles en sont équipées. Les Cuma peuvent bénéficier d'une aide à l'investissement de la Région Normandie via le dispositif Normandie Agriculture Investissement (https://www.normandie.fr/normandie-agriculture-investissement).
Sur sol nu labouré ou en chaume, il est possible également d'enfouir les lisiers ou les fumiers après épandage, le potentiel de réduction d'émission d'ammoniac varie alors de 30 % à 90 % en fonction du délai d'enfouissement (Ademe).
Le choix de la forme d'engrais minéral
Le facteur d'émission d'un engrais représente la fraction d'azote susceptible d'être perdue par volatilisation, il est influencé par la forme de l'azote qui compose les engrais minéraux. Le facteur d'émission des ammonitrates est de 1,9 % alors que celui de l'urée atteint 13,1 % (Citepa). Substituer l'urée granulée ou la solution azotée par des engrais moins émissifs permet de limiter les émissions d'ammoniac. Il est également possible d'utiliser de l'urée à libération progressive et contrôlée ou de l'associer avec des inhibiteurs d'uréase permettant d'abattre les émissions de 70 % en moyenne.
Prendre en compte les conditions météorologiques
La volatilisation ammoniacale dépend de nombreux facteurs. Elle est notamment favorisée par des températures élevées et la présence de vent. Pour limiter les pertes, l'idéal est de réaliser les apports en l'absence de vent et par températures inférieures à 10 °C. Épandre avant une pluie est également intéressant. En effet si le sol est sec, le fertilisant qui reste à la surface présente un risque plus élevé de volatilisation. Dans ce cas il convient de réaliser un enfouissement immédiat avant d'éviter les pertes d'azote par ruissellement. Être vigilant pour choisir la date d'apport permet donc de limiter les pertes d'azote.
Quels que soient les leviers activés pour limiter les pertes d'ammoniac par volatilisation, ils permettent de conserver l'azote pour la culture. Il est alors possible de réduire les quantités apportées, ce qui représente un gain pour l'exploitation, tant économique qu'en temps de travail.
Les bénéfices sont donc multiples à diminuer les émissions d'ammoniac, qui a des effets néfastes sur la santé et l'environnement.