Lait : retour sur terre.
En dépit de la pression sanitaire, l'élevage laitier a vécu une année 2025 d'exception. 2026 pourra difficilement faire mieux.
La journée Grand Angle Lait organisée fin mai par l'interprofession laitière (Cniel) et la Confédération nationale de l'élevage (CNE) a permis, comme chaque année, de revenir en détail sur l'année écoulée et de tracer des perspectives pour l'avenir. Côté bilan, l'année 2025 restera marquée d'une pierre blanche : hausse de la production, des prix du lait et de la viande bovine, des marges et des revenus. Le rendement apparent par vache laitière (VL) a fortement progressé (+ 5,2 % à 8 100 kg), compensant une nouvelle baisse du cheptel (- 2,5 % à 3,22 millions de VL). La collecte a atteint 24,2 millions de tonnes (+ 2,2 % sur un an), dont 4,8 % de lait bio (- 4,7 %). Le prix moyen du lait standard (38/32) s'est élevé à 486 €/1 000 l, celui du lait à teneurs réelles grimpant à 515 €/1 000 l (+ 26 € sur un an). Des prix record ont également été constatés en bio : respectivement 511 et 542 €/1 000 l (+ 22 € sur un an). Si cette hausse est inférieure à celle constatée en conventionnel, " l'écart de prix entre les laits bio et conventionnel a de nouveau augmenté sur le début d'année 2026 pour atteindre 100 €/1 000 l ", note Christine Goscianski, ingénieure à l'Institut de l'élevage (Idele). Elle envisage d'ailleurs un prix du lait bio " stable ou en hausse en 2026 ", alors que celui du lait conventionnel est attendu " en recul par rapport à 2025 ", même si " un redressement progressif en seconde partie d'année " n'est pas écarté.
" Écarts croissants entre systèmes "
En 2025, la marge mesurée par la Milc* s'est améliorée (+ 66 € à 246 €/1 000 l), pour la quatrième année consécutive, alors que les charges diminuaient légèrement (- 7 €/1 000 l en moyenne). " La hausse marquée des prix du lait et de la viande bovine, combinée à une augmentation des volumes produits, à une baisse des coûts des intrants et de l'énergie et à des conditions climatiques globalement favorables a permis d'améliorer nettement les revenus ", résume l'Idele dans son dossier annuel. En bout de chaîne, " le résultat moyen sur les 369 exploitations du réseau Inosys Lait** s'élèverait à 57 800 € par unité de main-d'œuvre (UMO) exploitant, un record sur la dernière décennie ". Les élevages spécialisés de plaine (69 500 €, + 20 000 € sur un an), les systèmes lait + viande bovine (79 500 €) et les systèmes lait + cultures de vente (65 600 €) font mieux que la moyenne. À l'inverse des élevages des montagnes de l'Est (48 600 €) ou des montagnes et piémonts du Sud (43 500 €), ainsi que des systèmes bio qui ferment la marche : 43 100 € en plaine, 35 600 € en montagne. Denis Follet, ingénieur à l'Idele, note également " des écarts croissants entre les systèmes les plus productifs et ceux le moins productifs ", mais aussi " au sein des systèmes productifs ".
Globalement, la trésorerie des élevages laitiers " s'améliore légèrement, mais elle se dégrade encore pour les exploitations en situation critique ".
Ces dernières, qui se caractérisent par une trésorerie nette globale négative, représentent 26 % des exploitations en 2025 - c'était 40 % en 2020.
Prix des intrants
Si l'avenir n'est pas écrit, de nombreuses inconnues hypothèquent la suite de l'année 2026. Stéphane Joandel, secrétaire général de la FNPL, s'interroge sur le " relatif excédent de volumes " actuel qui crée une " petite période de turbulences " sur les marchés des produits laitiers. Pascal Le Brun, président des coopératives laitières et du Cniel, note que les multiples alertes sanitaires et le contexte géopolitique troublé dessinent une " nouvelle ère économique qui impacte la filière ". Dernier épisode en date, la guerre au Moyen Orient qui a commencé à faire déraper les prix de nombreux intrants. Le ministère de la Transition écologique envisage une envolée de 66 % du prix des carburants tandis que l'Insee imagine un bond de 19 % du prix des engrais, rapporte Denis Follet. L'impact sur le coût de production du lait pourrait atteindre 7 à 22 €/1 000 l cette année selon que le conflit se résout rapidement ou, au contraire, s'enlise, calcule l'Idele. Or, 10 € d'écart sur le coût de production ou sur le prix du lait, c'est 3 800 € d'écart par UMO dans l'élevage spécialisé de plaine conventionnel, note Denis Follet.