La méthanisation agricole à l'épreuve de la fin des tarifs d'achat.
Durant la dernière décennie, le fort développement de la méthanisation en injection s'est largement appuyé sur le mécanisme des tarifs d'achat biométhane garantis par l'État. Ce modèle est voué à disparaître à la fin de l'année et cela représente un réel défi pour les agriculteurs porteurs de projet.
Annoncés par le gouvernement fin juin, le resserrement et la fin du tarif d'achat biométhane se sont concrétisés avec la publication d'un décret mi-août. Ce texte abaisse le seuil d'éligibilité au tarif d'achat à 13 GWh/an (contre 25 GWh/an précédemment), réduit le tarif et le supprime à la fin de l'année.
De nombreux projets en développement sont aujourd'hui impactés par ces changements. Le compte à rebours est lancé pour ceux qui veulent encore bénéficier d'un tarif d'achat. Pour ceux-là, l'obtention du permis de construire est le prérequis obligatoire. Par ailleurs, la révision à la baisse des tarifs bouleverse les équilibres économiques pour les projets en cours. Chloé Pierre, conseillère agricole énergie au sein des Chambres d'agriculture de Normandie, précise : " Un projet agricole normand typique pouvait espérer un tarif d'achat autour de 140-150 €/MWh. Depuis mi-août, ce tarif n'est plus que de 110-120 €/MWh. " Cela questionne la rentabilité de ces projets, d'autant que le tarif pourrait connaître un nouveau coup de rabot à partir de novembre 2026, avant de disparaître totalement au 1er janvier 2027.
L'État a néanmoins annoncé la mise en place d'un système d'appel d'offres simplifié à partir de 2027 pour les projets inférieurs à 25 GWh/an. La filière en attend impatiemment les contours. L'État compte surtout sur les CPB pour prendre le relais du soutien à la filière.
Un futur qui repose sur les Certificats de Production de Biogaz
Créés par la loi Climat et Résilience, les Certificats de Production de Biogaz (CPB) sont entrés dans leur phase opérationnelle depuis début 2026. En contrat CPB, chaque MWh de biométhane produit et injecté dans le réseau génère un certificat que le producteur peut vendre à un fournisseur de gaz. Les fournisseurs de gaz ont désormais l'obligation de restituer chaque année un volume croissant de CPB à l'État, proportionnel aux quantités de gaz qu'ils commercialisent. S'ils ne respectent pas leurs obligations, ils s'exposent à des pénalités financières. L'objectif poursuivi par les pouvoirs publics est double : accélérer le développement du biométhane et limiter le recours aux financements publics directs.
Jusqu'à présent, les investisseurs et banquiers manquaient de visibilité à long terme. Une trajectoire d'incorporation de CPB jusqu'en 2041 a été présentée avant l'été et devrait être officialisée d'ici peu. Elle devrait permettre le déploiement du mécanisme à plus grande échelle.
Pour les porteurs de projets agricoles, le changement est de taille. Jusqu'à présent, le tarif d'achat garantissait une visibilité importante sur les recettes futures. Demain, la rémunération des projets pourrait provenir de contrats négociés autour des CPB. Cela implique :
une attention accrue à la structuration commerciale du projet ;
une meilleure maîtrise des contrats de vente du gaz et des certificats ;
une analyse fine du coût de production du biométhane.
La filière normande s'organise pour accompagner ces évolutions
Malgré ces incertitudes sur les mécanismes de soutien, les objectifs nationaux et régionaux restent ambitieux pour la méthanisation. L'enjeu est donc d'accompagner les porteurs de projet vers ces nouveaux dispositifs. Des actions et animations spécifiques sont prévues cet automne dans le cadre du partenariat régional Métha'Normandie : stand dédié à la Foire de Lessay (50) et au Salon Tous Paysans (61), journées à destination des porteurs de projets agricoles, veille et communication via le site internet methanormandie.fr et organisation des Rencontres Régionales de la Méthanisation.