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Eclairage sur le projet d’Houlbec-Cocherel en Normandie.

Face aux inquiétudes et aux questions récurrentes du grand public, la Chambre d’agriculture de l’Eure, la FNSEA 27 et les JA 27 proposent un éclairage factuel sur le projet de regroupement/agrandissement de la SCEA PERAULT d’Houlbec-Cocherel (27).

Anne Laure Marteau, Secrétaire Général de la Chambre d’agriculture de l’Eure
Anne Laure Marteau, Secrétaire Général de la Chambre d’agriculture de l’Eure
© DR.

Face aux inquiétudes et aux questions récurrentes du grand public, la Chambre d’agriculture de l’Eure, la FNSEA 27 et les JA 27 proposent un éclairage factuel sur le projet de regroupement/agrandissement de la SCEA PERAULT d’Houlbec-Cocherel (27).

 

L’élevage laitier en Normandie, une filière phare

Aujourd’hui en Normandie, les filières animales et tout particulièrement les exploitations laitières font partie intégrante de notre paysage agricole. Le lait de vache est en effet le 1er produit agricole de la région, avec une part de 32 % de la production agricole en Normandie (données Agriscopie 2019).

Malgré ce constat, le nombre d’élevages bovins laitiers diminue depuis plusieurs années dans l’Eure. Cette situation peut s’expliquer par les difficultés quotidiennes rencontrées par la profession : être éleveur laitier, c’est une astreinte permanente, sans dimanches, ni vacances, entre autres. L’agrandissement d’élevages peut donc être une solution pour répondre aux besoins de la filière. Ces types d’installations répondent aux objectifs réglementaires, de bien-être animal et d’amélioration des conditions de travail.

 

En quoi consiste l’agrandissement des fermes d’Houlbec-Cocherel et de Douains ?

Actuellement, l’effectif de vaches laitières autorisé est de 400 vaches sur Houlbec-Cocherel et de 130 sur Douains. Le projet prévoit ainsi de regrouper les 2 troupeaux et, une fois réuni, de l’augmenter de 20%, soit 104 vaches. En parallèle, l’éleveur souhaite moderniser les bâtiments et regrouper sur un seul site les 634 vaches laitières au total.

Ce regroupement permet de n’avoir qu’une seule salle de traite et un seul lieu de surveillance des vaches en lactation et de leurs jeunes veaux. Les génisses sevrées seraient élevées sur le site de Douains. La ferme de Douains est en capacité de reçevoir les 380 génisses sevrées pour renouveler le troupeau de vaches laitières, le tout en pâturant les 40 ha d’herbages répartis sur le territoire de l’exploitation.

 

Les vaches ne sortent pas dans les champs. Le bien-être animal est-il respecté ?

Le mode d’élevage en stabulation se pratique dans de nombreuses fermes en France et à l’étranger, et pas seulement dans les exploitations avec un troupeau de plus de 100 vaches. Cela ne sous-entend pas que le bien-être animal est négligé. Au contraire, les exploitants mettent tout en œuvre pour assurer le bien-être de leurs animaux : brosses de massage, litières avec tapis amortis pour plus de douceur, raclage des couloirs pour que les vaches restent propres et pour limiter les odeurs vers le voisinage. L’alimentation des animaux est par ailleurs très surveillée, les rations équilibrées pour chaque vache puis distribuées grâce au collier électronique.

La ration des animaux n’est pas basée sur du tourteau de soja d’importation mais sur des protéines produites en local : luzerne, tourteaux de colza. Ces productions, déjà cultivées par les agriculteurs voisins, seront augmentées. Elles permettront de diversifier les cultures sur les exploitations voisines et ainsi d’allonger la succession des cultures (rotation).

Ces systèmes permettent de favoriser la biodiversité et de réduire l’usage de produits phytosanitaires. Les animaux sont donc nourris en circuits courts, ce qui constitue un impact non négligeable pour l’environnement.

 

L’épandage de lisier pollue ? Est-ce dangereux pour ma santé et mal odorant ?

Les animaux vont tous générer des déjections qui seront stockées dans des fosses couvertes pour éviter les odeurs pour le voisinage. Ce lisier/fumier est un engrais précieux pour les cultures et sera récupéré par les agriculteurs voisins. Quand cela est possible, le lisier peut aussi être directement injecté dans le sol afin de réduire les nuisances olfactives ; lesquelles si elles persistent ne sont pas dangereuses.

Les règles en matière de fertilisants azotés sont très strictes. Elles doivent être respectées dans le plan d’épandage réalisé par tous les agriculteurs. Dans une logique d’agriculture durable et d’économie circulaire, l’épandage de lisier ou fumier est utilisé en local afin de nourrir les sols et les plantes. Il permet de stimuler l’activité des sols, et de réduire l’utilisation d’engrais de synthèse et d’éviter des transports coûteux, en CO2 comme en Euros.

 

Pourquoi le lait collecté n’est-t-il pas systématiquement transformé sur place, au sein des fermes ?

Toutes les exploitations ne disposent pas d’usine de transformation sur leur site ou à proximité. Dans l’Eure, il n’existe plus d’usine de transformation de lait et tout le lait sort du département, à part les litrages transformés en circuits courts qui sont minimes. Il est envoyé en France ou dans les pays limitrophes pour y être transformé.

La Normandie assure 15 % des livraisons nationales de lait sur 7 % du territoire agricole français. Le regroupement des exploitations permet de limiter les sites de collecte et donc la circulation des camions sur la route. Plus il y a de lait produit sur un site, plus les coûts de transport et les impacts CO2 sont diminués. Le lait produit à Houlbec-Cocherel partira justement en Belgique pour y être transformé en glace. Un projet de transformation directe sur place est en cours.

 

Quels sont les impacts positifs locaux ?

• L’emploi multiple

Avec 25 % des salariés de l’industrie agro-alimentaire, la filière lait est le premier pôle d’emplois du secteur agricole. En plus des salariés embauchés pour travailler sur la ferme, les exploitations comme celle envisagée ici, dynamisent l’économie locale en employant également des entreprises de construction, de transports ; en sollicitant des producteurs locaux de luzerne, colza, maïs ou céréales pour la paille, en valorisant les sous-produits comme la pulpe de betterave pour l’alimentation des animaux, etc. Tout un tissu de filière est également nécessaire au bon fonctionnement des élevages : cliniques vétérinaires, vendeurs de matériel spécifiques, groupes techniques…

• Le bien-être animal et le gage de la qualité du produit

Le lait produit en France respecte les normes strictes mises en place dans l’Union européenne. Le bien-être animal y est particulièrement recherché. L’agrandissement de nos élevages laitiers est une conséquence de notre mode de vie et fait partie de notre évolution ; mais elle ne se fait pas au dépend de l’animal comme expliqué plus haut.

 

Pour conclure

Nous avons en France une des agricultures les plus durables au monde, notre souveraineté alimentaire fait aussi partie de nos priorités. Aujourd’hui, favorisons notre production pour ne pas importer demain des denrées dont les méthodes de cultures et d’élevage nous échapperons totalement.

Les projets de développement des exploitations agricoles s’inscrivent dans le respect du cadre réglementaire français. Ils peuvent soulever des interrogations légitimes pour les riverains, néanmoins les échanges entre les agriculteurs, les riverains et les collectivités doivent demeurer constructifs et fondés sur des critères factuels. Comme démontré plus haut, le projet d’Houlbec-Cocherel est porteur d’emplois, il contribue à la production alimentaire et l’économie locale. L’agriculteur travaille au bien-être animal, à la production locale, dans le respect des règles et dans la volonté de respecter le bon voisinage.

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