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Devenir agricultrice : d'un projet inattendu à une véritable réussite.

Les agricultrices représentent une part croissante du monde agricole, mais restent encore trop souvent peu visibles. Pourtant, leurs parcours, leurs choix et leurs expériences sont essentiels pour comprendre l'évolution de l'agriculture en Normandie. Témoignage.

Fanny Crombez est agricultrice à la ferme de Guenouville (27). Installée en élevage porcin et culture sur 90 ha.
Fanny Crombez est agricultrice à la ferme de Guenouville (27). Installée en élevage porcin et culture sur 90 ha.
© © Fanny Crombez

Afin de valoriser ces trajectoires et de leur donner toute leur place, les Chambres d'agriculture de Normandie mettent à l'honneur des femmes aux profils variés (cheffes d'exploitation, associées, salariées ou conjointes d'exploitation) à travers une série d'articles.

Ce numéro est consacré à la réussite d'un projet pourtant inattendu. Au-delà de la production, l'agriculture est aussi une aventure personnelle : elle peut conduire à des projets inattendus, qui, d'abord imprévus, deviennent au fil du temps des réussites et une véritable source d'épanouissement.

" Honnêtement, je n'imaginais pas devenir agricultrice. Mon projet initial, c'était de faire de la recherche en biologie. C'est ce qui m'a poussée à intégrer une école d'ingénieur agricole : je cherchais une voie concrète, différente de la fac, mais je ne pensais pas du tout reprendre une ferme. Ce que je redoutais surtout dans ce métier, c'était la solitude.

J'ai rencontré mon mari pendant mes études d'ingénieur et lui, en revanche, rêvait depuis toujours de s'installer. Alors, en 2018, lorsque son oncle, éleveur de porcs depuis plus de 40 ans, nous a dit qu'il cherchait un repreneur nous avons saisi l'opportunité. C'est moi qui me suis installée officiellement, à une période où mon mari avait encore un emploi à l'extérieur.

Même si le cédant nous a beaucoup aidés, les débuts ont été très durs. Avec des installations fatiguées qui tombaient souvent en panne et de jeunes enfants, je courais en permanence. Parfois je repartais travailler à la ferme après les avoir couchés et j'ai même acheté un babyphone longue portée pour continuer à surveiller le plus petit tout en travaillant à la ferme. J'avais déjà une expérience professionnelle dans le porc, en tant que technicienne, mais être cheffe d'exploitation, c'est autre chose. Il faut tout assumer. J'ai dû me former en accéléré, apprendre à conduire un tracteur, à réparer, à gérer le quotidien.

Ce qui m'a portée, c'est un projet qui me ressemblait davantage : la vente directe. Depuis longtemps, j'avais envie de créer un magasin collectif de producteurs, un projet que j'ai décidé de concrétiser ici, à la ferme. À mon arrivée, nous vendions un porc tous les quinze jours en caissettes. Aujourd'hui, dans notre village de 700 habitants, avec 60 à 100 clients par semaine, des produits d'autres producteurs du territoire et une salariée pour m'accompagner, ce magasin est devenu un vrai commerce de proximité, un lieu de vie apprécié par tous. C'est dans ce rôle d'entrepreneuse, de créatrice de lien, que j'ai trouvé ma place. Ce que j'aime, ce n'est pas seulement vendre, mais aussi bâtir un réseau, travailler avec d'autres.

En 2024, mon mari m'a rejoint officiellement sur l'exploitation. Aujourd'hui, nous sommes complémentaires et avançons ensemble, en partageant les décisions et les responsabilités.

Mon conseil aux futures installées, c'est de prendre le temps. Avant de se lancer, il faut accumuler des expériences, apprendre sur le terrain, voir différentes façons de faire. L'école ne suffit pas, et s'installer trop tôt, c'est prendre le risque de se retrouver dépassée. Quand on est prête, ce métier peut être une aventure extraordinaire, mais il faut accepter qu'au départ, il demande beaucoup. "

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