Cive d'hiver ou d'été : bien choisir les espèces à implanter.
Pour réussir leurs couverts intermédiaires à valorisation énergétique (Cive), les agriculteurs doivent semer des espèces productives mais surtout adaptées au contexte de leur exploitation. Qu'il soit pédoclimatique ou organisationnel...
© Benoit Delabre/Aletheia Press
Valoriser ses couverts intermédiaires à des fins énergétiques sécurise les approvisionnements d'un méthaniseur ou crée un revenu complémentaire pour les agriculteurs partenaires d'un méthaniseur industriel.
Cive d'hiver : l'enjeu sanitaire
Si, en théorie, tous les couverts peuvent être ainsi valorisés, dans la pratique bien choisir ses espèces et variétés est primordial. Il s'agira de faire des compromis entre les différentes caractéristiques recherchées : précocité à la floraison, potentiel de production biomasse, tolérance aux bioagresseurs, tolérance à la sécheresse, coût des semences...
Les céréales sont fréquemment choisies comme Cive (culture intermédiaire à valorisation énergétique). En Normandie, c'est le seigle qui est considéré comme une des solutions les plus pertinentes dans le cadre de Cive d'hiver. " Le coût des semences est raisonnable, et il produit un gros tonnage de matière sèche ", relève Élise Vandermeersch, conseillère agronomie et production végétale à la Chambre d'agriculture de Normandie. Seul hic, il est sensible à la verse et est un vecteur de transmission du piétin échaudage. " Un traitement de semence existe, mais il a une efficacité relative sur des parcelles avec une grosse problématique ", poursuit la spécialiste.
Parfois envisagée, l'orge hybride présente le même risque lié au piétin échaudage avec, de plus, un risque accru vis-à-vis de la virose. " Il existe maintenant une variété résistante à la virose, note la technicienne. La comparaison entre la biomasse du seigle et celle de l'orge hybride est en cours de test. Mais le coût de la semence est plus élevé. " L'avoine, elle, n'est pas vectrice du piétin échaudage. Mais elle est très sensible à la virose. " Nous l'avions, de fait, écartée de nos réflexions..., explique Élise Vandermeersch. Mais nous avons finalement lancé des tests, avec des variétés très précoces. " Les cycles très courts pourraient, en effet, permettre de conduire le couvert en dehors de la période d'activité des pucerons et, ainsi, limiter le risque de transmission de la maladie.
Cive d'été : le tournesol, mais pas seul
Pour les couverts estivaux, les céréales en couvert pur présentent moins d'intérêt. Non qu'elles soient moins productives en matière sèche, mais les coûts des semences de maïs ou de sorgho peuvent paraître rédhibitoires. Surtout sur un couvert très dépendant des conditions météorologiques, avec un rendement qui peut être très variable. " Les couverts d'été sont plutôt des Cive d'opportunité, développe-t-elle. Elles sont semées début juillet, généralement après une orge d'hiver. Cela nécessite des conditions favorables à une levée rapide. Il ne faut pas prendre le risque d'une dépense importante s'il n'y a pas de pluie annoncée. "
Disposant d'une bonne résistance au stress hydrique et thermique, le tournesol s'avère une solution satisfaisante dans nos régions. D'autant que certaines variétés, spécifiques aux Cive, s'affichent à un prix très abordable. Néanmoins, il est judicieux de l'associer avec du maïs ou du sorgho pour limiter les problèmes de tassement à la récolte. Celle-ci se réalise en effet en octobre, période que l'on sait pouvoir être particulièrement délicate en matière de portance.
Des contraintes organisationnelles à prendre en compte
D'ailleurs, d'une manière générale, l'implantation des Cive suppose d'avoir un regard très clair sur l'organisation du travail. Les Cive d'hiver, par exemple, viennent considérablement densifier le travail au printemps. " On sait que le moment est crucial, car l'enjeu d'un semis précoce est important pour le maïs, insiste la technicienne. La récolte de la Cive, l'épandage du digestat et le semis doivent se faire en quatre ou cinq jours maximum. Il faut être extrêmement bien organisé ! D'autant plus que les chantiers d'ensilage demandent beaucoup de main-d'œuvre. "
En Cive d'été, la question du temps de travail se pose de manière encore plus prégnante, car il faut gérer les repousses de la céréale d'hiver qui a précédé. Elles peuvent avoir un effet catastrophique sur le couvert en l'étouffant totalement. " Le labour devient quasiment obligatoire derrière une orge d'hiver, constate-t-elle. Nous n'avons pas vraiment trouvé d'alternative pour le moment. Mais le labour présente tout de même l'avantage d'enfouir rapidement le digestat."