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Betterave : sans néonicotinoïdes, quel avenir pour la filière euroise ?

Le recours aux néonicotinoïdes en France, c’est fini. Alors que la menace d’une nouvelle épidémie de jaunisse plane sur la campagne 2023-2024, le syndicat betteravier de l’Eure (CGB) s’est voulu encourageant, mardi 9 mai à Etrépagny. La rémunération est là, reste à trouver des solutions techniques viables.

L’assemblée générale de la CGB Eure s’est tenue mardi 9 mai à Etrépagny. Pour l’occasion, une table ronde scientifique et économique autour de l’arrêt d’homologation des néonicotinoïdes a eu lieu.
L’assemblée générale de la CGB Eure s’est tenue mardi 9 mai à Etrépagny. Pour l’occasion, une table ronde scientifique et économique autour de l’arrêt d’homologation des néonicotinoïdes a eu lieu.
© LM

Une quarantaine de personnes s’installe dans la salle Jacques-Brel à Etrépagny en ce mardi 9 mai. « J’avais commandé du mauvais temps pour faire venir du monde... A défaut d’avoir la quantité, nous aurons la qualité », souligne d’entrée de jeux Alexandre Quillet, président de la CGB de l’Eure et de l’Institut technique de la betterave (ITB). Il est vrai qu’au vu de l’actualité, on aurait pu s’attendre à ce que davantage de planteurs soient présents.

Début 2023, le Conseil d’État et la Cour de justice de l’Union Européenne ont jugé « illégales » les dérogations accordées en 2021 et 2022, qui permettaient de recourir aux semences enrobées, alors interdites depuis 2018 - en Allemagne, persistent des dérogations NNI en foliaire. « Je regrette la politisation des dossiers. Avec cette interdiction, on ne nous donne pas le temps […] J’attends que l’Inrae, financé par des budgets publics, prenne des risques pour trouver des solutions », déplore Franck Sander, président de la CGB France.

 

UNE CAMPAGNE 2023-2024 COMPLIQUEE

Les substances telles que l’imidaclopride et le thiaméthoxame sont, à ce jour, les seules alternatives efficaces pour lutter contre le virus de la jaunisse, transmis aux betteraves par les pucerons.

Dans ce contexte, le syndicat betteravier de l’Eure s’est attaché à apporter des réponses sur la sortie des néonicotinoïdes, via l’organisation d’une table ronde. « Une année délicate de transition arrive, mais le pire reste peut-être à venir. Il faut qu’on s’y prépare techniquement, sanitairement, politiquement et syndicalement », avertit Alexandre Quillet.

 

LE PNRI COMME SOLUTION

Le Plan national de recherche et innovation a été mis en place par l’ITB à l’orée 2021, à la suite d’une forte épidémie de jaunisse en 2020 en France qui a impacté jusqu’à 70 % des récoltes - quand les néonicotinoïdes étaient justement interdits. Il a pour objectif de trouver des solutions « opérationnelles contre la jaunisse de la betterave sucrière », indique l’Institut. « Le puceron se reproduit de manière spontanée. Un seul individu engendre 37 milliards de congénères en 70 jours », explique Vincent Laudinat, directeur de l’ITB. Parmi les solutions explorées, le développement d’une variété résistante aux viroses serait la bienvenue. « Or, en Europe, il n’y a pas d’ouverture vis-à-vis des OGM. Peut-être que l’on viendra aux nouvelles techniques de sélection des plantes (NBT) qui consistent à développer de nouvelles variétés en partant de l’édition du génome du végétal », remarque-t-il. Fabienne Maupas, directrice scientifique de l’ITB, évoque le travail mené sur des fermes-pilotes d’expérimentation. « Le puceron est attiré par les stimuli visuels. Recourir à des plantes compagnes (des graminées ou des légumineuses), des champignons (pour parasiter le puceron) ou utiliser des attractants pour attirer les prédateurs », sont autant d’expérimentations en test. « On travaille jour et nuit sur le sujet », affirme Alexandre Quillet. En attendant, les produits Teppeki et Movento sont égalitairement efficaces pour contrôler le parasitisme.

 

DES COMPENSATIONS ATTENDUES

En l’absence d’alternative suffisamment aboutie et « pour gérer la période de transition », indique Alexis Patry, directeur opérationnel de l’Association de recherche technique betteravière (ARTB), une « compensation financière intégrale » des pertes de rendements dues à la jaunisse doit être mise en place pour 2023 pour indemniser les agriculteurs touchés par ce fléau. Elle se basera sur un système encore indéfini, soit via une approche individuelle, combinaison de photos satellitaires et de la déclaration de l’exploitant qui permettra de relever un pourcentage de culture décimée par la jaunisse, soit via une approche collective, fondée sur un réseau de parcelles témoins qui délivrera « une référence par rapport au rendement moyen ».

 

« UNE BONNE TENUE DES MARCHES »

D’ici 2024, l’ITB entend communiquer une première liste des variétés « tolérantes » à la jaunisse. « Il n’y a rien de gagné, mais rien de perdu non plus. Il faut surtout maintenir les surfaces », martèle Alexandre Quillet. En France, une tendance à la baisse des surfaces betteravières sucrières est observée avec - 7 % en 2023 par rapport à 2022. La Normandie, elle, peut se targuer de conserver ses surfaces. La campagne s’inscrit dans « une bonne tenue des marchés betteraviers autant pour le sucre que pour l’éthanol ou la pulpe », assure-t-il. « Le prix de la betterave a augmenté en 2022 pour atteindre à minima 42 €/t à 16°. Pour 2023, l’amélioration sera nette et le prix devrait tourner autour de 45 à 50 €/t à 16° », indique Benoît Carton, directeur de la CGB 27.

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