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Mangeur de viande et carnivore assumé, Alexandre Rassaërt évoque en exclusivité pour l’Eure Agricole son rapport à l’agriculture et aux agriculteurs(rices).
ALEXANDRE RASSAËRT, président du Département de l’Eure

© Thierry Guillemot

 Les agriculteurs ne font pas que parler d’écologie, ils la pratiquent 

A combien de générations faut-il remonter pour trouver un Rassaërt agriculteur dans votre arbre généalogique ? 
Je ne vais pas mentir, je ne viens pas d’une famille d’agriculteurs. Personne n’est parfait ! J’ai néanmoins grandi avec énormément d’enfants d’agriculteurs et donc évolué au contact de ce milieu très tôt, dans le Vexin normand où je vis aujourd’hui. 

Quel est votre lien à l’agriculture et aux agriculteurs ? 
J’ai un immense respect pour les agriculteurs car déjà ce sont de grands bosseurs. Quand on parle aux agricultrices et aux agriculteurs, on sent que c’est un milieu où la valeur travail est centrale. J’ajoute que sur la question écologique on entend tellement d’inexactitudes par d’autoproclamés experts que je préfère me renseigner à la source. Les agriculteurs ne font pas que parler d’écologie, ils la pratiquent. Ils m’apprennent beaucoup et je les écoute. Mon lien est donc un lien de respect, d’amitié et de confiance. 

L’agriculture n’est pas de la compétence du Département. Quels sont cependant les leviers que vous pouvez actionner pour la soutenir en cas de besoin ? 
En 2015, avec la loi NOTRe, nous avons effectivement perdu la majeure partie de nos prérogatives sur le monde économique et agricole. Pour autant, on ne s’est jamais résignés à devenir spectateurs. On a continué, en lien avec la Région, de proposer des dispositifs d’aide aux petits investissements. Nous avons gardé un lien très fort avec la Chambre d’agriculture et les organisations syndicales. Nous sommes présents aux côtés de nos producteurs au Salon International de l’Agriculture et soutenons les comices agricoles. En 2024, nous comptons intensifier l’événementiel agricole sur le département. L’idée est de mieux communiquer en opposant au discours ambiant, décroissant et décliniste, une position qui met en avant l’esprit d’innovation de nos agriculteurs. 

Dans votre réfrigérateur, on trouve plutôt du bio ? Des marques distributeurs ? Des grandes marques ? Des produits issus de la vente directe ? Des plats transformés ? 
Dans mon réfrigérateur, on trouve très peu de plats préparés. C’est une évolution récente, je ne m’en cache pas. J’ai comme beaucoup cédé à la facilité par le passé. Les années passant, j’accorde simplement plus d’attention aux qualités nutritives de ce que je mange. Si possible, je privilégie la production locale, qui n’est pas forcément plus chère, c’est important de le dire. Une constante : on trouvera toujours une bouteille de la bière de Sutter de Gisors dans le haut du frigo. Il faut se laisser des petits plaisirs. 

Et dans les cantines scolaires qui sont de votre compétence ? 
À Gisors, ville dont j’ai été maire pendant neuf ans, nous avons fait le choix de la production locale dans nos cantines depuis plusieurs années. Avec la Chambre d’agriculture, nous avons simplement changé la rédaction de nos marchés pour les rendre accessibles aux petits producteurs locaux. Cela a marché et les enfants apprécient ! Pour le Conseil départemental, nous travaillons actuellement à des conventions par établissement pour imposer un certain nombre de standards de qualité à l’ensemble des collèges eurois. Nous privilégierons la production locale et la saisonnalité, entre autres. Aujourd’hui, certains collèges sont vertueux, d’autres moins. Le but est de généraliser les bonnes pratiques. Tout le monde y a intérêt.

Combien de fois par semaine mangez-vous de la viande et, globalement, avez-vous diminué votre consommation ? 
Je mange de la viande de manière quasi-quotidienne. Je suis un carnivore assumé ! Je n’ai rien contre les végétariens ou les végans, tant qu’ils ne m’empêchent pas de manger ce que je veux. Le sectarisme m’horripile. Que chacun respecte les choix des autres. La police de l’assiette, ce n’est pas mon truc. 

L’entretien de certains bords de route dépend du département. Il faut les faucher plusieurs fois par an pour empêcher les adventices de monter en graine ou on laisse faire la nature au nom de la biodiversité ? 
Nous avons une discussion avec les agriculteurs en ce moment à ce sujet qui, ne le cachons pas, suscite quelques tensions ! Les deux parties se parlent, ont renoué le contact, c’est déjà une avancée importante. A mon avis, nous sommes sur la bonne voie pour trouver une solution d’équilibre et surtout pragmatique. Je suis confiant car je sais pouvoir m’appuyer sur le bon sens de chacun.

Vous êtes allés il y a peu à la rencontre de la filière betterave. L’occasion pour elle de mettre en évidence le danger que pèse l’interdiction de certaines molécules pour lutter contre certaines maladies. Rétrospectivement et si vous aviez été député au moment du vote, vous vous seriez prononcé POUR ou CONTRE les néonicotinoïdes ? 
En l’absence de traitement alternatif efficace et face à une concurrence déloyale des autres pays qui continuent à utiliser ces néonicotinoïdes, j’aurais voté pour la suspension de l’interdiction. La transition écologique est un processus qui peut parfois prendre du temps. Sinon, il ne faut plus parler de transition mais de révolution, qui est un autre projet politique. Cette transition est d’ailleurs en cours ! Les agriculteurs font chaque année des efforts considérables pour évoluer vers des pratiques plus vertueuses. Il faut le répéter encore et encore ! 

L’agribashing, la Ferme Eure y est confrontée au quotidien ? Les élus, locaux ou nationaux, ne manquent-ils pas d’un peu de fermeté dans leurs propos et leurs actes pour lutter politiquement contre ce phénomène très mal vécu dans les campagnes ? 
L’agribashing est une réalité. Je ne pense pas qu’on puisse reprocher aux élus de proximité, dans nos villages, un manque de fermeté ou de courage. La plupart des maires eurois condamnent cette agressivité et la combattent au quotidien. Par contre, certaines formations politiques entretiennent ²cette menace qui pèse sur les agriculteurs en les présentant systématiquement comme des pollueurs. C’est inacceptable et irresponsable. 

Certains agriculteurs de l’Eure et OPA (organisation professionnelle agricole) ont reçu en août dernier un courrier anonyme d’une grande violence. Un commentaire particulier ?  
Pour avoir lu ce courrier, je condamne sans réserve. La place de cette personne est au frais, derrière des barreaux.

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