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63 propositions pour prévenir le mal-être en agriculture.

Après des mois d'auditions et de rencontres de terrain, un rapport du Sénat fait 63 propositions pour mieux identifier le phénomène et améliorer l'accompagnement des agriculteurs.

© DR.

C'est un rapport concret, « au plus proche du terrain », que les sénateurs Henri Cabanel (Rassemblement Démocratique et Social Européen - Hérault) et Françoise Férat (Union Centriste -Marne) ont mené pendant plusieurs mois. « Loin de s'opposer au rapport de notre collègue, le député Olivier Damaisin, ce rapport se veut complémentaire », ont-ils tenu à préciser d'emblée. En Saône-et-Loire, en Indre-et-Loire, dans l'Ain, la Vienne et le Morbihan, les sénateurs ont rencontré les acteurs locaux, mais aussi les proches des victimes afin de recueillir leur témoignage (famille, amis, voisins, associés...). De même, une plateforme en ligne sur le site du Sénat a permis de donner la parole aux agriculteurs. En deux mois, plus de 140 contributions ont été déposées.

 

« Drame silencieux »

S'appuyant sur ces rencontres et ces témoignages anonymes, le rapport formule 63 propositions (lire encadré) dont les finalités visent notamment à « mieux connaître le phénomène, mieux prévenir la détresse des agriculteurs, mieux identifier les agriculteurs concernés, et mieux les accompagner eux-mêmes ainsi que les proches des victimes », a souligné Henri Cabanel, viticulteur de son état. En effet, les récents chiffres de la Mutualité sociale agricole (MSA) parlent d'eux-mêmes : 600 suicides par an soit presque deux par jour.

Les sénateurs confirment aussi les conclusions du rapport Damaisin de novembre dernier : ce sont les productions animales (bovins et lait) qui sont les plus touchées par ce phénomène. De même, le diagnostic qu'ils posent est analogue à leur collègue député : « Les causes en sont multiples : aléas et crises économiques, sanitaires et climatiques, agribashing, pertes de revenus, solitude, maladies, surendettement, lourdeur administrative... ». Après des décennies de tabou, l'omerta, « ce drame silencieux », selon l'expression de Françoise Férat, commence à se fissurer « dans ce monde de taiseux ». Être agriculteur, « ce n'est pas un métier comme les autres, a indiqué Sophie Primas, présidente de la Commission économique. Il y a toute la question de la transmission de génération en génération, de l'héritage, de l'histoire familiale. Chez certains, il pouvait y avoir une honte à ne pas y arriver, alors que les générations précédentes avaient réussi. Pouvoir dire que l'on rencontre des difficultés, c'est déjà bien ».

 

Harcèlement

Il n'en reste pas moins que le revenu de l'exploitation qui est le socle de toute la valeur travail de l'agriculteur est au coeur du sujet, car il est « incompréhensible pour l'agriculteur de travailler pour perdre de l'argent », a souligné Françoise Férat. Et quand un problème financier s'ajoute à d'éventuels problèmes personnels et administratifs, « cela peut devenir la goutte d'eau qui fait déborder le vase », a-t-elle ajouté.

Le dénigrement du métier ajoute aussi à ce sentiment de mal-être. Les rapporteurs ont indiqué que 40 % des agriculteurs interrogés, lors d'une enquête de l'observatoire Amarok ont été harcelés au moins une fois au courant du dernier mois. Le rapport Cabanel-Férat a été remis au président du Sénat, Gérard Larcher, le 24 mars à midi et le même jour, dans l'après-midi, au ministre de l'Agriculture et de l'Alimentation.

 

Quelques propositions du rapport sénatorial

Voici quelques-unes des recommandations du rapport sénatorial :

Recommandation n° 1 : Faire de l'avenir de l'agriculture française une grande cause nationale.

R. n° 5 : Octroyer, en cas de revenus anormalement bas des producteurs, des aides d'urgence.

R. n° 8 : Garantir des remplacements en cas d'arrêt maladie

R. n° 11 : Généraliser l'action « Ensemble pour repartir » dans l'ensemble des caisses de MSA.

R. n° 13 : Prévoir la mise en place d'une visite médicale obligatoire et gratuite tous les trois ans pour les agriculteurs exploitants de plus de quarante ans.

R. n° 25 : Faire des cellules départementales d'identification et d'accompagnement la clef de voute du soutien aux agriculteurs en détresse,

R. n° 30 : Renforcer la détection des agriculteurs en détresse par un élargissement du réseau des sentinelles

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