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Le mouton irlandais à la conquête de nouveaux marchés.

Le premier pays exportateur de viande ovine de l’UE à 27 voit son horizon dégagé depuis l’entrée en vigueur du Brexit. Il redoute bien moins la concurrence britannique et néozélandaise que par le passé.

© DR.

L’Irlande exporte plus de 90 % de sa production de viande ovine : 66 000 tonnes équivalent carcasse (téc) par ans. Elle part à la conquête de nouveaux marchés à l’export aussi bien sur le continent européen que vers les pays tiers. Depuis 2010, ses ventes ont crû de plus de 65 %. Ces derniers temps, la conjoncture n’a jamais été aussi favorable pour ce pays de la zone euro : les cours de la viande ovine atteignent des sommets, la Nouvelle-Zélande est captée par le marché chinois et depuis l’entrée en vigueur du Brexit, le Royaume-Uni s’est retranché sur son île.

En détenant 3,9 millions d’animaux dont 2,6 millions de brebis et d’agnelles, l’Irlande est dorénavant le premier pays exportateur de viande ovine de l’Union européenne à Vingt-sept. Sur le continent européen, elle a accès à un marché de plus de 450 millions de consommateurs sans taxes ni droits, alors que les exportateurs de viande britannique doivent s’acquitter de frais de douane et de contrôles vétérinaires pénalisants (0,10 Ä à 0,15 Ä par kilo de carcasse).

 

Reprise en main

La France, qui importe la moitié de la viande d’agneau consommée, est le premier pays client de l’Irlande, derrière le Royaume-Uni. Mais pour les éleveurs français, l’Irlande est un pays concurrent bien moins redouté que le Royaume-Uni lorsqu’il était membre de l’Union européenne. Comme l’Irlande et la France sont dans la zone euro, aucune dévaluation monétaire ne parasite la concurrence à laquelle se livrent les deux pays comme ce fut souvent le cas avec le Royaume-Uni. Lorsque la livre britannique chutait, la monnaie entrainait systématiquement les cours français et irlandais de viande ovine à la baisse. Les éleveurs français n’avaient plus alors les moyens d’être compétitifs.

L’Irlande s’est préparée au Brexit en deux temps. Echaudée par les incertitudes des négociations engagées en 2016 entre la Commission européenne et le Royaume-Uni, elle a d’abord redéployé ses échanges commerciaux en s’affranchissant quelque peu du marché britannique. La Suède et l’Allemagne sont ainsi devenues des partenaires commerciaux importants (6 000 téc par an chacun) aux côtés de la France notamment (2 000 téc/an). L’Irlande exporte aussi davantage de viande vers la Chine et les États-Unis. Par ailleurs, le pays a repris en main l’ensemble de sa filière. Depuis l’entrée en vigueur du Brexit, la viande exportée vers le continent européen ou ailleurs, est dorénavant transformée sur l’île. Les industriels irlandais ne peuvent plus faire appel à des entreprises basées au Royaume-Uni, pour transformer, comme par le passé, de la viande irlandaise avant de la réexporter.

 

Pénurie d’agneaux

Hors de l’Union européenne, l’Irlande a quasiment champ libre. La Nouvelle-Zélande n’est plus crainte comme par le passé. L’île ne remplit pas les quotas d’importations alloués par l’Union européenne, trop occupée à approvisionner la Chine en viande ovine et son marché particulièrement rémunérateur. Certes le Royaume-Uni pourrait négocier de nouveaux accords de libre échange avec la Nouvelle-Zélande et mettre en concurrence sur son marché intérieur, la viande importée d’Irlande. Mais les capacités de croissance de la production de viande ovine sont très réduites en Nouvelle-Zélande. La production de viande ovine est concurrencée par la filière bovins viande et surtout bovins lait. Aussi, les éleveurs irlandais n’ont aucune raison de redouter, dans un proche, un engorgement des marchés britannique et de l’Union européenne de viande néozélandaise bon marché. Dans l’immédiat, le marché ovin fait face à une pénurie d’agneaux. Les éleveurs irlandais ont été prudents dans l’engraissement, redoutant un no deal au mois de décembre dernier. Cette pénurie a alimenté l’inflation des cours de la viande ovine. Mais comme le nombre de brebis croit, la production va se redresser l’an prochain ce qui pourrait rééquilibrer le marché.

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