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Viande bovine : la Normandie face aux mutations de la filière.

Au Salon de l'agriculture 2026, les allées réservées aux bovins étaient plus vides que jamais. Entre épidémies à répétition (MHE, FCO, DNC), réduction intense du cheptel national et prix qui s'envolent, la filière bovine française traverse une période particulière. Pour y voir clair côté normand, le Panorama de l'agriculture et de l'agroalimentaire en Normandie, publié en mars 2026, met les chiffres sur la table.

En 2024, la Normandie, c'est 14 690 exploitations avec des bovins.

L'élevage bovin, pilier de l'agriculture normande

Plus de la moitié des fermes de la région possèdent un total de 1,92 million de têtes. Elle est la quatrième région française pour le troupeau bovin. La viande bovine y génère 866 millions d'euros de chiffre d'affaires dans les exploitations, soit 17 % du produit agricole régional. Avec le lait (34 %), l'élevage bovin représente à lui seul plus de la moitié du produit agricole normand.

Majoritairement laitière, la Normandie a vu son élevage allaitant se développer 

La Normandie reste d'abord une terre de vaches laitières : 507 000 têtes, 17 % du troupeau français en 2024 et la Manche qui est le premier département laitier de France. Mais depuis les quotas de 1984, un cheptel allaitant a émergé et aujourd'hui un tiers des exploitations normandes détiennent des vaches allaitantes. La fin des quotas en 2015 a encore rebattu les cartes : les éleveurs laitiers se sont spécialisés, abandonnant progressivement l'engraissement des mâles. La viande se concentre désormais davantage dans des exploitations spécialisées.

En 2024, en Normandie, la production totale s'élève à 177 000 tonnes équivalent carcasse. La Manche (31 % du tonnage) produit 43 % des réformes laitières de la région (11 % du tonnage total). L'Orne (28 %), deuxième contributeur régional, se distingue par une forte production de jeunes bovins, représentant 39 % des mâles de 1 à 2 ans, soit 12 % du tonnage régional.

Des abattoirs sous pression

En 2024, on ne compte plus que dix abattoirs normands actifs. Trois outils ont fermé leurs portes depuis 2018 (Beuvillers en 2018, Cherbourg en 2019, Saint-Hilaire en 2020) et l'abattoir public de Carentan-les-Marais a été sauvé in extremis en 2025. Paradoxalement, plus de la moitié du cheptel normand est abattu hors région, majoritairement en Bretagne. Les abattoirs normands s'approvisionnent aussi en dehors de la région (un tiers du tonnage abattu). La réouverture annoncée de l'abattoir de Forges-les-Eaux devrait rééquilibrer un peu la donne.

La consommation poursuit sa baisse

20,8 kg/habitant en 2024. La viande bovine est désormais troisième derrière le porc et la volaille. En 2025, les prix records ont encore freiné la demande (- 3 % sur le premier quadrimestre), fait reculer les exportations (- 11,4 %) et dopé les importations (+ 4,4 %).

La Normandie présente plusieurs atouts dans l'élevage bovin : une production supérieure à la capacité d'abattage des outils normands, un climat adapté, la proximité du marché parisien, des démarches qualité établies (Label Rouge, IGP, FQRN...), une filière bio comptant 440 exploitations et représentant 7 % du cheptel allaitant bio national, ainsi que des marques territoriales reconnues. Ces éléments constituent des facteurs structurants dans le cadre des ajustements stratégiques en cours.

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