Henry Wallace, le semeur d'avenir.
À l'occasion du 250e anniversaire de la création des États-Unis, nous brossons le portrait de personnalités américaines qui ont compté pour l'agriculture américaine mais aussi mondiale.
© Library of Congress Townsend
Visionnaire, scientifique, entrepreneur et homme d'État, Henry A. Wallace (1888-1965) a révolutionné l'agriculture américaine en imposant les semences hybrides de maïs et en défendant une agriculture fondée sur la recherche. Son héritage nourrit encore les champs du monde entier.
Lorsque Henry Agard Wallace naît en 1888 dans l'Iowa, l'agriculture américaine reste largement tributaire des traditions et des aléas de la nature. À sa mort, en 1965, elle est devenue l'une des plus productives de la planète. Entre ces deux dates, cet homme aura joué un rôle décisif dans cette transformation.
Issu d'une famille de fermiers et d'éditeurs agricoles (Groupe Farm Progress, publiant plusieurs journaux), Wallace grandit au milieu des champs de maïs. Très jeune, il développe une passion pour la génétique végétale. Une anecdote illustre son destin : adolescent, il reçoit des leçons de botanique d'un jeune chercheur alors inconnu, George Washington Carver, futur pionnier de l'agronomie américaine.
Pioneer
Convaincu que la science peut améliorer les récoltes, Wallace mène des expériences de sélection dans la ferme familiale. Il comprend rapidement le potentiel des semences hybrides de maïs, obtenues par le croisement de lignées soigneusement choisies. Plus vigoureuses et plus productives, elles promettent de transformer l'agriculture. En 1926, il fonde la société Pioneer Hi-Bred Corn Company, aujourd'hui l'un des plus grands semenciers mondiaux. Au départ, peu d'agriculteurs croient à ses innovations. Wallace doit parcourir les campagnes pour convaincre les fermiers de tester ses graines. Les résultats sont spectaculaires : les rendements augmentent fortement et l'usage du maïs hybride se diffuse à une vitesse inédite. En une vingtaine d'années, cette innovation devient la norme dans le Midwest américain.
Mais Henry Wallace n'est pas seulement un entrepreneur. En 1933, le président Franklin D. Roosevelt l'appelle au poste de secrétaire à l'Agriculture. Les États-Unis sont alors plongés dans la Grande Dépression. Wallace met en œuvre les grandes réformes agricoles du New Deal : soutien des prix, programmes de conservation des sols et modernisation des exploitations. C'est notamment ce qui lui vaut d'être vice-président des États-Unis entre 1941 et 1945 auprès du président Franklin Delano Roosevelt (1882-1945).
" Révolution verte "
Son action contribue à stabiliser les revenus agricoles et à diffuser les méthodes scientifiques dans les campagnes. Il encourage les recherches agronomiques, l'amélioration génétique des plantes et une meilleure gestion des ressources naturelles. Pour lui, la productivité ne doit pas résulter de l'épuisement des terres, mais de la connaissance. Personnage original, Wallace collectionne aussi les passions inattendues. Il tient des carnets détaillés sur la croissance des plantes, s'intéresse aux statistiques, à la météorologie et même à la spiritualité. Il est également l'inventeur d'un système de calcul des rendements qui influencera les méthodes de sélection végétale. Son influence dépasse largement les frontières américaines. Les semences hybrides, qu'il a contribué à populariser, ouvrent la voie à la révolution agricole du XXe siècle et préfigurent la future " révolution verte ". Aujourd'hui encore, l'amélioration génétique des plantes et les gains de productivité réalisés dans de nombreux pays portent l'empreinte de ses travaux. Henry Wallace n'a ni découvert un continent ni inventé une machine spectaculaire. Comme Carver, il a fait quelque chose de plus discret : il a démontré que la science pouvait transformer un simple grain de maïs en moteur de prospérité. En cela, il demeure l'un des grands pères de l'agriculture moderne.