L'Eure Agricole Et Rurale 16 février 2017 à 14h00 | Par L'Eure Agricole

Un céréalier français en Roumanie

Arnaud Perrein s'est installé en Roumanie en 1992. Retour sur le parcours de ce céréalier, à la tête d'une exploitation de 3 650 ha, et président de l'Association nationale des producteurs de maïs.

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A la tête aujourd'hui d'une exploitation de 3 650 hectares, Arnaud Perrein cultive 1 000 ha de blé, ainsi que du maïs, 800 ha de tournesol, 300 ha d'orge, 350 ha de colza et 200 ha de soja.
A la tête aujourd'hui d'une exploitation de 3 650 hectares, Arnaud Perrein cultive 1 000 ha de blé, ainsi que du maïs, 800 ha de tournesol, 300 ha d'orge, 350 ha de colza et 200 ha de soja. - © EAR

« 90 % des étrangers venus s'installer en Roumanie après la chute du communisme sont repartis dans leur pays. Moi, j’ai la chance d’y être encore. Ici, il y a tout à faire, à condition de ne pas rester bloqué sur ses schémas occidentaux » estime Arnaud Perrein, céréalier à Mihail Koglniceanu. Originaire de la Marne, ce fils d’agriculteur a toujours su qu’il vivrait a l’étranger. Son pays de prédilection ? Le Venezuela.

C’est pourtant en Roumanie qu’il pose ses valises, une fois son diplôme d’ingénieur agricole en poche, au début des années 1990. « De tous les pays de l’Europe de l’Est que j’ai visités, c’est la Roumanie qui m’a attiré le plus. Peut-être parce que c’est le pays le plus francophone de tous, mais aussi parce qu’il y a un gros potentiel pour celui qui a envie de mon-ter un projet » dit-il. Après son service militaire en terres roumaines, il travaille durant deux ans pour le groupe français Sucres et Denrées, dont l’objectif sur place est de reconstituer une filière sucre après la chute du communisme. En 1994, le groupe jette l’éponge. « L’organisation du marché a capoté en raison de la dérégulation » commente-t-il.

500 euros l’hectare

Il monte alors une société de prestations de services pour les récoltes de betteraves, en y associant ses trois frères et son père, restés en France. Mais la transition démocratique entraîne une forte déréglementation. Entre les retards de paiement qu’il essuie, et la fermeture successive des sucreries, faute de qualité dans la production de betteraves, l’entreprise vacille. Il décide de changer son fusil d’épaule. Grace aux réseaux qu’il a constitués sur place, il commence par acheter quelques hectares. Le prix est alors de 500 € l’hectare (aujourd’hui, dans son secteur, il est autour de 5 000 €, ndlr). Pas donné pour l’époque. Mais point d’obstacle pour un étranger prêt à investir. Il suffit de constituer une société commerciale étrangère en Roumanie. Son projet est arrêté : monter une exploitation agricole.

A la tête aujourd’hui d’une exploitation de 3 650 hectares, sans être cependant propriétaire de toutes les terres (une partie des loyers est payée en argent, l’autre en blé ou en maïs, ndlr), il cultive 1 000 ha de blé, ainsi que de maïs, 800 ha de tournesol, 300 ha d’orge, 350 ha de colza et 200 ha de soja.

Une organisation à la roumaine

Tout n’a pas été cependant un long fleuve tranquille. Les premières années, l’agriculteur mange de la vache enragée. « On n’a rien gagné durant quelques années. Puis, avec l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne en 1998, la montée des prix des céréales, un meilleur travail avec les ouvriers, et une professionnalisation croissante, cela a commencé à très bien marcher », raconte-t-il.

Et ce, même si le climat semi continental est contraignant au point de ne pas avoir de récolte les années de gel. Hormis ce cas de figure, les rendements sont, en moyenne, d’une année a l’autre, autour de 4,5 t par hectare pour le soja ; entre 11 et 14 t/ha pour le maïs ; entre 5 et 6 t/ha pour le blé ; 6,4 t/ha pour l’orge ; 3,5 t/ha pour le colza ; 3,4 t/ha pour le tournesol. « Si nous avons des rendements inférieurs à ceux des productions françaises, nous avons, en revanche, une très bonne qualité » précise-t-il. Les variétés sont à la fois roumaines et étrangères.

Pour ce qui est de l’organisation du travail,l’exploitation emploie 70 personnes. Un chef de ferme gère les silos et tout ce qui a trait à la mécanique, un autre l’achat et la location des terres, et un dernier la vente. Les autres salariés sont répartis entre les champs et le gardiennage de l’irrigation et des machines, les vols n’étant pas rares. Des chauffeurs, des soudeurs, des électriciens complètent les effectifs. « Nous avons un peu tous les métiers pour pouvoir gérer en autonomie » précise Arnaud Perrein. Quant à la vente des récoltes, il faut se débrouiller seul, faute de coopératives ou de Ceta. Le stockage se fait sur place. Ensuite, la plupart des céréales partent à l’export, notamment chez Sofi protéol pour les oléoprotéagineux. Pour l’achat des semences,phytos et engrais, Arnaud Perrein passe par une association créée par un agriculteur roumain, qui réunit 190 agriculteurs (soit 100 000 ha) dans son département. « Cela nous permet d’avoir des prix de groupe. Mal-heureusement, ce regroupement de producteurs est unique en Roumanie » note-t- il. Traduction : il faut encore du temps pour que la filière s’organise. Si cette organisation à la « roumaine » pourrait en interroger plus d’un, cela vaut-il encore le coup de s’installer aujourd’hui dans ce pays ? « Il y a des fermes à acheter, en location ou en propriété. Mais, à présent, il faut beaucoup plus d’argent que par le passé. Par ailleurs, il est rare de trouver des terres groupées. Il n’y a aucune sécurité juridique sur les contrats de fermage que l’on peut avoir avec les propriétaires fonciers. Ils parlent fort, mais, au final, on s’entend toujours. Une fois cela dit, contrairement à la France, il y a beau-coup moins de contraintes, et on trouve une certaine ouverture d’esprit si on veut créer quelque chose. Certes, tout n’est pas rose. Je suis d’ailleurs toujours un étranger pour les Roumains, mais j’ai pu monter une association de producteurs de maïs. Tout est à créer », conclut-il. Son rêve ? Être encore là dans vingt ans.

Florence Guilhem

L’ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE MAIS

Créée il y a quatre ans, a l’initiative d’Arnaud Perrein, l’association regroupe 70 producteurs, représentant un total de 300 000 ha. Outre sa représentation à l’échelon national, elle est aussi à Bruxelles et a intégré l’AGPL en France. Parmi ses activités, elle fait réaliser des tests sur 110 hybrides pour le maïs sur 15 sites roumains et sur 47 hybrides pour le tournesol sur 7 lieux roumains. « Notre activité est indépendante. On s’autofinance, sauf sur les tests réalisés qui sont, eux, payés par les semenciers », indique le président de l’association.

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