L'Eure Agricole Et Rurale 10 septembre 2009 à 09h27 | Par L' Eure Agricole

Rencontre - Pour la passion du métier

Il s’appelle Norbert Deceuninck et compte plus de 52 ans de conduite de moissonneuse batteuse à son actif. Témoignage d’une passion.

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Entre la moissonneuse d’aujourd’hui et celle d’hier, Norbert Deceuninck évoque ses 52 ans de conduite de ce matériel de récolte dont les évolutions techniques ont été, au fil des décennies, impressionnantes.
Entre la moissonneuse d’aujourd’hui et celle d’hier, Norbert Deceuninck évoque ses 52 ans de conduite de ce matériel de récolte dont les évolutions techniques ont été, au fil des décennies, impressionnantes. - © f. carbonell

A l’heure où s’accumulent bien des difficultés autour des productions agricoles, oser parler d’autre chose que de la crise (ou des crises) permet de souffler un peu. C’est le parti pris du jour avec cet article qui, sans prétention,  relate le témoignage d’un ancien agriculteur de Puchay, dans l’Eure,  Norbert Deceuninck. Agé aujourd’hui de 75 ans, notre témoin a naturellement “passé la main” à ses fils. Son départ en retraite date de l’été 1994 “mais, comme cela se passe souvent à l’heure de la transmission, j’ai donné un coup de main dans les années qui ont suivi et j’ai conduit la moissonneuse batteuse jusqu’en 2001 !”

Déjà à 16 ans...

Norbert Deceuninck a une manière bien à lui d’illustrer sa longue carrière d’agriculteur. A chaque époque, une moissonneuse... Et, pendant 52 ans, l’agriculteur de Puchay a piloté pratiquement tous les types de moissonneuses. Il fut ainsi l’un des témoins privilégiés de l’évolution du matériel consacré à la grande culture et marqué déjà, il faut le souligner, par une organisation commune des chantiers moisson. “Je suis sorti de l’école à 15 ans pour travailler sur l’exploitation de mes parents. Un an plus tard, je conduisais l’une des toutes premières automotrices...” Avant cela, Norbert Deceuninck a connu les moissonneuses tractées, avec un système d’attelage comparable à celui des faucheuses lieuses. Son père avait d’ailleurs acheté, dès 1948, deux tractées d’occasion : une Bolinder et une Mc Cormick... “Cela a été une vraie révolution quand l’automotrice avec coupe frontale est arrivée, la Super 26 de chez Massey Harris avec sa coupe de 2,55 m...” La particularité de cette machine (hors mis qu’elle consommait du 12 litres d’essence à l’heure avec son moteur Chrysler de 6 cylindres) c’est qu’elle avait abandonné  le système de convoyage par toiles de rattrapage pour une visse sans fin... “Il fallait, en effet, des conditions vraiment idéales pour ne pas bourrer la machine avec l’ancien système. La  visse sans fin fut plus qu’une simple évolution...” Du matériel alors peu répandu même si, non loin de là, l’exploitation de la famille Dubois avait fait le même investissement.  “C’est le temps aussi où l’on travaillait avec des ateliers de réparation de proximité. Nous avions d’ailleurs la chance, pour notre secteur, de compter avec les frères Langlois dont l’atelier a fonctionné jusqu’aux années 1970. C’est d’ailleurs chez Pierre Langlois que mon père a acheté sa Massey Harris” se souvient Norbert Deceuninck.

Entre évolution et révolution

Les moissons de l’agriculteur de Puchay ont été ainsi rythmé par ces moissonneuses qui, au fil des modèles, ont vu leur technique progresser, que ce soit en  confort d’utilisation et, logiquement, en efficacité. Du matériel qui, comme cette Massey Harris, a fait pas moins de dix campagnes, de 1950 à 1959 compris. “Celle-ci eut une autre vie puisqu’elle fut reprise par l’atelier Beynes à Gisors qui nous a vendu une Clayes M 103. Elle   était considérée comme la Mercedes de l’époque et elle était plus communément appelée La grande Jaune...” Avec sa coupe de 3 m et son moteur Ford Diesel, elle fera quatre saisons chez Norbert Deceuninck. Devenue Clayson puis New Holland avec des améliorations techniques très sensibles, “La grande Jaune” était une référence  dans la plaine. Les campagnes se sont ainsi succédées, la Clayson Armada et super Armada fit place, en 1973, par la New Holland 15.45 avec une coupe de 3,96 m. “C’était une moissonneuse neuve mais toujours sans cabine...” sourit le retraité. Mais, qu’importe la poussière, la machine faisait bien le travail. Et puis, le temps est venu où l’exploitation est passée au bénéfice réel. “C’est à cette époque que j’ai acheté une  John Deere. Un changement de marque qui s’explique uniquement, à ce moment-là, pour une question de reprise. Cela dit, ce modèle John Deere était aussi toujours sans cabine !” Un confort qui arrivera dans les années 83/84, toujours dans la même marque mais avec le modèle 1075. “Il s’agissait d’une petite coupe de 3,60 m.” Cinq campagnes après, c’est la 11.88 qui vint compléter le “palmarès” de Norbert Deceuninck. Finalement, le jaune de la moissonneuse reviendra sur l’exploitation en 2002 avec une New Holland. 

“52 ans de conduite de moissonneuse, ce n’est pas rien. Des années marquées, parfois, par des souvenirs difficiles comme cette mauvaise récolte de 1965, une moisson terrible !” Il y a eu 1976 aussi,  “mais là, force est de constater que la sécheresse a marqué tous les esprits mais la moisson, elle, s’est déroulée facilement et l’on comprend pourquoi...” Fier d’avoir transmis le relais à ses fils Eric et Luc, Norbert Deceuninck s’intéresse toujours aux moissonneuses et avance aussi quelques critiques autour des évolutions techniques... “L’électronique est partout dans les tracteurs et les moissonneuses. Même si c’est beaucoup plus efficace et facile en terme d’utilisation, cet électronique embarqué est, en perspective, une somme de pannes supplémentaires que l’on aura beaucoup plus de mal à réparer...”

F. Carbonell

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