L'Eure Agricole Et Rurale 09 octobre 2013 à 15h53 | Par F. Carbonell

Réactions - Des conséquences directes sur la Ferme Eure

C’est l’heure des comptes après l’annonce faite par le président de la République sur les modalités d’application de la Pac. Pour le département de l’Eure, ce n’est pas vraiment réjouissant...

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- © DR/Réussir

On connaît désormais les modalités d’application de la réforme de la Pac dans sa version française. Après les réactions des responsables nationaux, les responsables professionnels de l’agriculture euroise ont aussitôt réagi.   A l’exemple de Jean-Pierre Delaporte, le président de la chambre d’Agriculture, Régis Chopin, le président de la FDSEA de l’Eure et Emmanuel Hyest, le président de la Safer de Haute Normandie.


Jean-Pierre Delaporte : “C’est ce que l’on craignait...”
“Pour la ferme Eure, celle qui nous intéresse à la chambre d’Agriculture, c’est entre - 20 et - 25 millions d’euros que nous allons perdre. C’est une “fourchette” relativement large car nous ne sommes pas encore capables aujourd’hui d’analyser tous les éléments contenus dans cette réforme et, surtout, ses conséquences concrètes pour notre département. Notre service économique planche actuellement sur tous ces aspects pour mieux en appréhender l’impact sur le quotidien des agriculteurs. Pour les interrogations, par exemple, nous ne savons pas encore ce qui devrait revenir en plus aux éleveurs de vaches allaitantes. Il se dit, en effet, que toutes les vaches allaitantes pourraient être primées. Comme nous en avons une bonne proportion dans notre département, il est évident que le retour financier serait un peu meilleur. C’est pourquoi la prévision initiale que j’avance  concernant la perte pour le département demeure une estimation. Au-delà des premiers chiffres avancée, deux choses nous frustrent vraiment. D’abord, les grandes cultures qui vont être sérieusement impactées. Le paradoxe, c’est que ces dernières sont en quelque sorte victimes des cours des céréales des deux dernières années sur lesquels le gouvernement s’est appuyé pour avancer cette surprime.

De plus - et c’est loin d’être neutre - cette surprime des 52 premiers hectares ne prend absolument pas en compte la main d’oeuvre et tous les actifs agricoles. Je crains que cela décourage  les gens à embaucher de nouveau. L’autre sujet inquiétant :  toutes les prairies inondables en vallées ou encore celles du Marais Vernier ne sont pas considérées comme des zones de handicap. Du coup, les éleveurs vont passer à travers les avantages liés à ce type de zonage. C’est vraiment incompréhensible.  A propos de la transparence des Gaec, maintenant, heureusement qu’elle a été obtenue même si la difficulté aujourd’hui se pose sur  les sociétés. Encore une fois, si ces modalités d’application avaient pris en compte les actifs agricoles, cela aurait été une très bonne chose. Je suis vraiment surpris que cela n’ait pas été fait surtout à l’heure où l’emploi est, dit-on, une priorité absolue.


(...)



- © FC

Régis Chopin : “Une réforme dogmatique”
“Depuis presqu’une année, la FDSEA 27 dénonce le projet du ministre de l’Agriculture concernant la répartition des aides de la Pac. Les interventions de notre réseau syndical avec la FNSEA auprès du président de la République ont réussi à atténuer légèrement les conséquences de cette réforme dogmatique. Le président de la République et la majorité présidentielle devront assumer leurs décisions. Une chose est sûre : la FDSEA 27 ne cautionnera pas les multiples effets négatifs de cette réforme...”

Et le président de rappeler “que l’économie agricole euroise va perdre 25 millions d’euros par an avec, à la clé, des pertes d’emploi en amont et en aval de l’agriculture. De même, avec ces modalités spécifiques à la France, cela va se traduire par une baisse des aides pour les éleveurs et polyculteurs du département, un traitement inégal des sociétés en agriculture (les EARL représentent 41 % des sociétés dans l’Eure ; elles seront pénalisées),  une attribution des aides à des non agriculteurs, l’absence d’une réelle politique d’installation avec, pour conséquence,  des retraités et des propriétaires tentés d’exploiter en nom propre avec l’aide de prestataires de service.

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- © FC

Emmanuel Hyest : “Le soutien à l’élevage, un point positif”
Tout d’abord, nous avons réussi à maintenir une politique agricole commune. Il faut le saluer car c’était loin d’être acquis. La France a donc encore un budget qui lui permet de conduire une politique agricole sur son territoire. Ma seconde analyse est plutôt formulée comme un regret : il  est dommage qu’avec cette réforme, le gouvernement ait une position dogmatique sur la surdotation des 52 premiers hectares. Ce n’est pas vraiment une bonne idée . Il aurait plutôt fallu tenir compte de l’ensemble des actifs de l’exploitation. Cela aurait réglé à la fois le problème des sociétés et celui des salariés d’exploitation car, à l’origine, l’objectif affiché du président de la République était de soutenir l’emploi. Le postulat consistant à affirmer que les petites et moyennes exploitations sont plus employeuses de main d’oeuvre que les autres reste à démontrer. Prendre la totalité des exploitations aurait été beaucoup plus équitable.

Le point positif des modalités d’application de cette Pac, c’est le soutien à l’élevage. Il devrait permettre, je l’espère, de conforter le revenu des éleveurs. Il faudra être particulièrement vigilant à ce que ce soutien ne soit pas capté par l’aval comme c’est le cas trop souvent. Il y a un vrai risque.


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La suite de cet article dans l'Eure Agricole du 10/10/13

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