L'Eure Agricole Et Rurale 06 novembre 2013 à 08h00 | Par François Carbonell

Loi d’avenir - Les vétérinaires défendent leur droit à prescrire les médicaments

Parmi les acteurs concernés par la loi d’avenir agricole, les vétérinaires. Ces derniers n’ont pas apprécié la mise en place d’une disposition leur imposant le “découplage”. Explications.

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Frédéric Lallet : “Une disposition “subrepticement” mise en place dans la loi...”
Frédéric Lallet : “Une disposition “subrepticement” mise en place dans la loi...” - © FC

Le Docteur vétérinaire Frédéric Lallet exerce à l’Aigle (61) avec trois autres confrères.Il a conduit (comme des centaines d’autres praticiens en France) la fronde contre une disposition mise “subrepticement” dans la loi d’avenir de l’agriculture. L’enjeu serait-il l’avenir de l’activité vétérinaire en rural ?


Dernière minute : Après avoir rencontré ce lundi  les représentants du Conseil supérieur de l’ordre des vétérinaires et les organisations syndicales vétérinaires, le ministre de la Santé et le ministre de l’Agriculture ont “remplacé”  le découplage... Avant même leur manifestation, les vétos ont obtenu gain de cause. Ceux-ci ont tout de même maintenu la journée de mobilisation qui se déroulait ce mercredi.


Pourquoi ce mouvement de grogne des vétérinaires ?
Ce mouvement national repose sur un fait. Il y a  un un an, le gouvernement, la profession agricole et les acteurs de la ruralité (dont les vétérinaires font partie) ont travaillé sur le projet de loi d’avenir de l’agriculture. Cette concertation s’était plutôt bien passée. Seulement, juste avant de transmettre ce projet de loi au conseil d’Etat (pour un passage à l’Assemblée Nationale début 2014), le ministère de la Santé a introduit une disposition qui limite la possibilité pour les vétérinaires de déli vrer la totalité des médicaments nécessaires au traitement des animaux. Cette manière d’agir, à notre égard, est vexatoire.Elle nous “montre du doigt” et l’ administration fait sentir, à notre égard, toute sa défiance.Et par voie de conséquence, cette disposition “tape” sur nos entreprises comme si nous ne représentions rien.Et ce n’est malheureusement pas tout...

Vous pouvez préciser ?
Le souci de cette disposition, c’est qu’elle introduit une partie de “découplage”.Ainsi, nous ne pouvons plus délivrer certains médicamente mais nous pouvons les prescrire. Introduite subrepticement, cette disposition n’était pas dans la loi initialement débattue.A partir de là, cette disposition peut être modifiée à souhait sans retoucher aux textes de la loi. Bref, on peut se retrouver avec cinq ou six médicaments retirés de la vente et puis, l’année qui suit, toute une gamme des produits en moins.                                
Et cela ne nous met pas  à l’abri, parallèlement, d’un amendement à la loi qui en rajoute... C’est un “découplage” qu’on ne peut accepter.


Quelles seraient les conséquences pour votre métier ?
Elles sont économiques, naturellement, puisque un tiers de notre chiffre d’affaires est réalisé avec ces médicaments et il concerne essentiellement les gros animaux et donc la “rurale”. Les cliniques vétérinaires comme les nôtres seront alors beaucoup moins rentables sur le secteur rural et cela risque de nous inciter à ne plus intervenir comme nous le faisons aujourd’hui. Si nous n’avons plus cette délivrance de médicaments, il faudra aussi repenser notre organisation de travail...Mais, à l’heure où l’on essaie de maintenir des services en ruralité, les premiers qui vont être pénalisés, ce seront les éleveurs. Entre la prescription d’un côté et la délivrance par des pharmaciens de l’autre, croyez-vous que cela va être neutre en terme de coût pour l’éleveur ?  (...)


La suite dans l'Eure Agricole du 07/11/13, page 04

Le cas du chaton enragé, un cas d’école ?


Avec cette disposition imposée qui modifie la loi, le Docteur Lallet s’inquiète surtout de l’avenir même du réseau de surveillance sanitaire des maladies transmissibles à l’homme assuré, jusqu’à présent, par les vétérinaires. “Si nos moyens pour travailler en rural sont ainsi rabotés, croyez-vous que le maillage sanitaire va y résister ? Nous sommes déjà de moins en moins de vétérinaires à “faire de la rurale”.Alors, comment peut-on imaginer assurer une surveillance sanitaire déléguée par l’Etat digne de ce nom ? ” Et le vétérinaire de l’Aigle de préciser : “le cas de rage d’un chaton découvert en région parisienne, il y a quelques jours (et largement repris par la presse) a remis en perspective notre action.Ainsi, il y a eu un vétérinaire qui, dès qu’il a été interpellé sur ce cas, a eu aussitôt le réflexe d’orienter les gens  vers l’institut Pasteur pour savoir ce qu’avait ce chat. N’est-ce pas là l’exemple du bon fonctionnement de ce réseau dont, par ailleurs, tout le monde se félicite ?”

FC

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