L'Eure Agricole Et Rurale 19 janvier 2017 à 13h00 | Par L'Eure Agricole

Les liniculteurs ne cédent pas à la pression

CULTURE SPÉCIALISEE La coopérative de teillage du plateau du Neubourg a tenu son assemblée générale le 12 janvier.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
Pascal Prévost, président de la coopérative, met en garde les liniculteurs sur le risque d'être victimes du succès de la fibre.
Pascal Prévost, président de la coopérative, met en garde les liniculteurs sur le risque d'être victimes du succès de la fibre. - © L.G

Dans son rapport moral, le président de la coopérative de teillage du plateau du Neubourg, Pascal Prévost, a fait un point sur les récoltes 2015, 2016 et sur le marché du lin, lors de l’assemblée générale du 12 janvier. La récolte 2015 s’est vendue facile-ment, mais le président met en garde les liniculteurs sur le risque d’être victimes de ce succès.
« Les bons résultats attirent quelques nouveaux producteurs et génèrent une augmentation des surfaces. Les crises de l’élevage et le contexte céréalier en sont une des raisons et nous pouvons le comprendre. Mais on ne peut bâtir des comparaisons entre rentabilité du blé de l’année et l’hypothétique prix du lin dans deux ans.»

Une concurrence sans limite

Ce qui inquiète la filière, c’est ce qui se passe à 8 000 kilomètres de la Normandie. « Les filatures chinoises ont fait des stocks de précaution et la surcapacité de production de fils amène nos clients à se faire une concurrence sans limite, entrainant une baisse du prix des fils de 20 %, une constitution de stocks de quatre mois dans leurs usines et probable ment des arrêts d’activité après le nouvel an chinois », explique Pascal Prévost. Les teilleurs n’ont pas l’intention de céder à la pression exercée par les acheteurs sur le prix du lin, pour compenser leur manque de rentabilité.

La récolte 2016 estimée à 104 000 hectares devrait offrir 155 000 tonnes de lin, alors que la demande est de 130 000 tonnes. « Les prévisions de surfaces pour 2017 prennent une tendance qui nous inquiète. Tout ceci présage d’un renversement probable qu’il faut anticiper », relate Pascal Prévost. La coopérative demande donc à ses adhérents de ne pas augmenter les surfaces, et de conserver une partie de la récolte en stock, une proportion calculée en fonction des volumes moyens produits à l’hectare ces trois dernières années, et de l’ancienneté. Aucun acompte ne sera versé sur cette partie.

Les premiers résultats de teillage pour 2016 annoncent un volume de paille de 6,2 tonnes par hectare et un rendement proche des 15 balles. Les qualités devraient couvrir un éventail plus large que pour la récolte 2015.

Une touche d’optimisme

Concernant les marchés, Pascal Prévost souhaite apporter une touche d’optimisme. « Pour le moyen terme, je pense sincèrement que le lin est promis à un bel avenir, car il y a des marchés finaux en devenir. La consommation en Asie se développera , espère-t-il, « Si le marché évolue comme je le pense, nous devrons adapter la taille de notre outil ». Les investissements se poursuivent avec entre autres la construction de bâtiments de stockage. Pour 2015/2016, ils s’élèvent à 1,187 millions d’euros. Par ailleurs, la coopérative tente de rendre le teillage attractif pour les salariés avec la robotisation, la diminution du bruit et de la poussière. L’objectif de faire tourner à plein les quatre lignes de teillage n’a néanmoins pas pu être rempli en 2016 en raison de difficultés de recrutement et de problèmes d’absentéisme.

Laurence Geffroy

- © LIN

LE FLUX MONDIAL DU LIN

En 2015, 119 300 tonnes de fibres longues de lin ont été exportées en Chine, tandis que 15 000 tonnes sont restées en Europe et 6 000 tonnes ont rejoint l’Inde. Les Etats-Unis restent le premier consommateur final avec 35 %, suivis de l’Europe avec 25 %. Cependant, de nouveaux marchés émergent, comme celui de l’Inde avec 15 %, du Japon (10 %) et de la Chine (10 %).

 

UNE MATIÈRE HAUT DE GAMME

Pour la confédération européenne du lin et chanvre (CELC), le lin est aujourd’hui une matière haut de gamme et entend le rester. Les trois familles qui la composent se battent pour que les prix restent à leur niveau actuel.

La communication vers le consommateur est donc axée vers le luxe, captant une clientèle sensible à une image écologique, par le biais de marques comme le Comptoir des cotonniers, Cyrillus, Petit Bateau, en s’appuyant sur les labels Masters of linen et European Flax qui garantissent une qualité européenne du lin. Ce positionnement a été rappelé lors de l’exposition Ultralin en mai dernier à Paris lors de la semaine européenne du développement durable, et lors du congrès international de la CELC à Madrid en octobre dernier, en présence des filateurs indiens, chinois et japonais.
« Les filateurs indiens demandent un doublement des surfaces pour une division par deux du prix des matières, au prétexte que le coton est beaucoup moins cher », a ainsi révélé Pascal Prévost lors de l’assemblée générale de la coopérative de teillage.

En Chine, les filateurs sont en surproduction, d’où une chute du prix du fil. Mais les Européens ne veulent pas céder en baissant le prix de la fibre. « La seule façon d’aller sur les marchés rémunérateurs est de faire de la qualité et de sortir de la banalisation du lin », témoigne Marie-Emmanuelle Belzung, directrice de la CELC.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Eure Agricole et Rurale se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

Voir tous

la phrase de la semaine

Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon.

Léon Tolstoï

Le chiffre de la semaine
15
15 millions d’euros d’aides européennes sont disponibles pour la France pour le programme Fruits et Légumes à l’école, a rappelé Légumes de France le 3 avril. Malheureusement, les responsables de la filière craignent que les lourdeurs administratives ne rebutent les opérateurs pour utiliser ce dispositif.

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 20 unes régionales aujourd'hui