L'Eure Agricole Et Rurale 16 mars 2017 à 08h00 | Par L'Eure Agricole

Le bioéthanol gagne du terrain

CARBURANTS Selon la filière bioéthanol, des records de consommation de SP95 et de Superéthanol-E85 ont été établis en 2016 dans un marché des essences en pleine croissance.

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Les acteurs de la filière des biocarburants pensent que le SP95-E10 deviendra la première essence de France au cours de l'année 2017.
Les acteurs de la filière des biocarburants pensent que le SP95-E10 deviendra la première essence de France au cours de l'année 2017. - © -DR

Les deux carburants phares de la filière éthanol sont le SP-95-E10 et le Superétha-nol-E85. Le premier qui contient jusqu’à 10 % de bioéthanol est vendu en moyenne 4 à 5 centimes moins cher que le SP95 dans une même station et encore davantage par rapport au SP98. Le SP95-E10 supporte 2,4 centimes d’euro de taxes carburant et TVA de moins que le SP95, car il contient un peu plus d’éthanol et est donc plus écologique. Le bioéthanol français est entièrement produit à partir de plantes ou de résidus de leur transformation et économise plus de 50 % de CO2 par rapport à l’essence. Le SP-E10 est disponible dans plus de 5 500 stations-service. Il est compatible avec 97 % des véhicules essence en circulation. Le second est vendu en moyenne 0,69 euro par litre, soit un gain net de plus de 40 centimes par rap-port au SP95 compte tenu de leurs consommations respectives au kilomètre. Distribué dans 871 stations-service localisables grâce à l’application « mes stations E85 », le Superéthanol-E85 est utilisé dans les véhicules à technologie flexfuel qui fonctionnent avec toutes les essences, dans le même réservoir. Dans un contexte marqué par le rebond de la consommation d’essence en 2016 (44,5 % des immatriculations de VP essence contre 50,4 % de VP diesel) avec une croissance de 2,7 % après une baisse de 40 % entre 2004 et 2015, le SP95-E10 voit sa part de marché progresser de 2,3 points, à 35,5 %. En décembre dernier, cette part de marché a frôlé les 38 % et a talonné celle du SP95 qui a baissé à 40 %. Près de 3,5 milliards de litres ont été consommés ; 60 % des stations distribuent du SP95-E10, soit 5 500, avec 230 points de vente de plus en 2016, principalement en grande distribution. Grâce à la croissance de son réseau de distribution et à son prix plus compétitif, les acteurs de la filière pensent que le SP95-E10 deviendra la première essence de France au cours de l’an-née 2017. Il est déjà leader dans quatre grandes régions de la métro-pole : Île-de-France, Paca, Pays de la Loire, Hauts-de-France.

En 2016, 96 millions de litres de Superéthanol-E85 ont été consommés (soit 1 % du marché des essences) et distribués par un réseau de 871 stations (+ 144 stations en 2016). En une année, les volumes ont augmenté de 11 %, près du double de la croissance enregistrée en 2015. Il faut rappeler que plus de 1 000 voitures flexfuel ont été vendues en 2016. La publication d’un arrêté définissant une procédure d’homologation pour les boîtiers de conversion au Superéthanol-E85 et leurs conditions d’installation est prévue mi-avril 2017. Ce texte établira un cadre réglementaire précis et sûr pour permettre aux automobilistes d’adapter leurs véhicules essence. « Le boîtier à installer dépend du nombre de cylindres. Il va coûter de 400 à 600 euros pour les petites cylindrées et environ 1 000 euros pour les plus grosses cylindrées, hors frais d’installation. Ce boîtier pourra s’amortir en un à deux ans », explique Nicolas Rialland, responsable éthanol au sein de la CGB (Confédération des planteurs de betteraves).

Un nouveau carburant, l’ED95

L’élément marquant de l’année écoulée a été l’apparition de l’ED95, un nouveau carburant au bioéthanol ayant pour but de décarboner les transports en commun et de marchandises. Il contient 95 % de bioéthanol et 5 % d’additif. Il est destiné à des moteurs spécifiques ne fonctionnant qu’avec ce carburant. Les lois de finances votées fin 2016 ont permis d’établir un régime fiscal favorable pour ce carburant (taxation spécifique de 4,4 centimes d’euro par litre (TICPE) ; éligibilité à la TGAP essence) et suramortissement fiscal de 40 % pour les véhicules achetés en 2017. Le carburant ED95 permet de réduire de 50 à 90 % les émissions nettes de CO2 et de plus de 70 % celles des particules en nombre. Utilisée pour la première fois lors de la COP21 par la mairie de Paris avec le « bus pour le climat », la technologie est aujourd’hui commercialisée par le constructeur Scania et déjà proposée à plusieurs collectivités et entreprises de transport.

Pour ce qui est de 2017, une pour-suite de la croissance des carburants contenant du bioéthanol est attendue, particulièrement avec l’augmentation de 7 % à 7,5 % de l’objectif d’énergies renouvelables dans l’essence, votée par le Parlement fin 2016. De plus, le début de la mise en place de la déductibilité de la TVA de l’essence à 80 %, prévue sur cinq ans, va inciter les entreprises à utiliser davantage de véhicules essence.

Valérie Godement

DÉSACCORD AVEC LA DIRECTIVE ÉNERGIES RENOUVELABLES 2

La Collective du bioéthanol s’oppose à la proposition de la directive Energies renouvelables 2 publiée le 30 novembre 2016 par la Commission européenne pour la période 2021-2030. Cette dernière propose de passer de 7 % en 2020 à 3,8 % en 2030 la part maximale des biocarburants de première génération dans la décarbonation de l’énergie des transports. « Avec cette nouvelle proposition, on risque de revenir à plus d’énergie fossile dans les transports c’est aberrant, surtout que les automobilistes plébiscitent les biocarburants, et en particulier le bioéthanol », dénonce Sylvain Demoures, secrétaire général du SNPAA (Syndicat national des producteurs d’alcool agricole). « Un récent sondage a ainsi montré que 70 % des Européens sont favorables aux biocarburants de première génération, cette proportion est même de 73 % au sein de la population française », ajoute Nicolas Rialland, responsable éthanol au sein de la CGB. La Collective du bioéthanol rappelle que le bioéthanol français, produit à partir de céréales et de betteraves à sucre et des résidus de leur transformation en amidon et en sucre, représente non seulement une nécessité pour assurer la transition énergétique des carburants, mais aussi un débouché complémentaire des filières de production, source de coproduits pour l’alimentation animale. Elle insiste aussi sur le fait que les autres technologies ne sont pour le moment pas prêtes et mettront du temps avant de prendre le relais. « L’éthanol cellulosique n’est aujourd’hui pas viable au niveau industriel », martèle Nicolas Rialland. Les acteurs de la filière bioéthanol estiment que cette baisse de moitié de la contribution de 7 % des biocarburants de première génération, proposée seulement un an après son adoption et au moment où la France l’atteint, obligerait à fermer des usines françaises de bioéthanol et réduirait la disponibilité des drêches riches en protéines pour les élevages français. Ils demandent que la contribution des biocarburants de première génération passe de 5 % à 7 % à l’horizon 2020 et souhaitent, à l’horizon 2030, un objectif global d’au moins 15 % d’énergies renouvelables dans les transports, dont un sous-objectif de 10 % réservé aux biocarburants de première génération issus de matières premières européennes, révisable régulièrement par État membre, comme le font les États-Unis, afin de préserver les investissements industriels.

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