L'Eure Agricole Et Rurale 14 janvier 2022 a 08h00 | Par JOËL RÉBILLARD

La production porcine à l'heure de la loi Egalim 2.

Egalim 2, fin de la castration, crise du porc... les sujets n'ont pas manqué pour animer la réunion organisée par la FRSEA de Normandie avec la FNP.

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Le dialogue entre les responsables du rayon boucherie de Carrefour (à gauche) et la délégation des producteurs a été serein.
Le dialogue entre les responsables du rayon boucherie de Carrefour (à gauche) et la délégation des producteurs a été serein. - © DR.

Cette réunion constituait la première visite en Normandie du président de la Fédération nationale porcine (FNP), François Valy. L'éleveur du Morbihan (56) a brossé un large panorama de l'élevage porcin européen, pointant au passage les points forts et les points faibles des uns et des autres. Il en est ressorti une tendance à la stagnation de la production porcine en Allemagne, voire une réduction pour les Pays-Bas et une course effrénée à la production en Espagne appelée à devenir, à moyen terme, le premier producteur de porcs européen. Avec une structuration basée sur des capitaux extérieurs à l'agriculture, l'élevage espagnol est très professionnel, en passe de prendre une longueur d'avance quant aux attentes environnementales et sociétales des consommateurs.

 

EGA en porc aussi

Mais l'acteur principal du marché devrait demeurer, pour quelques années encore, le bassin de consommation asiatique dont les niveaux fluctuants de demande font varier les cours qui impactent le marché européen. Dans ce contexte, les éleveurs s'interrogent sur leur capacité à contractualiser leur production avec des acheteurs. « Des indicateurs doivent être pris en compte, tel le coût de production validé par l'interprofession Inaporc », a indiqué François Valy, « mais la cotation chinoise est aussi un indicateur qui mérite d'être observé ». La mise en place de la contractualisation avec la prise en compte des coûts de production doit intervenir dès 2022. Or, cette obligation légale se télescope avec l'entrée en vigueur de l'interdiction de la castration à vif des porcelets. Certains opérateurs ont développé, ou prévu de développer, une filière pour les mâles non castrés.

 

Les surcoûts de la castration

Néanmoins, les opérateurs d'aval, abattoirs, charcutiers et salaisonniers s'inquiètent d'une viande devenue trop maigre pour réaliser leurs fabrications. D'où leur demande du maintien de la castration des mâles, dans le respect des protocoles validés par l'État. Pour les éleveurs, la production de mâles castrés va entraîner des surcoûts en termes de travail, d'indice de consommation et de produits vétérinaires qui doivent être pris en charge par la filière. C'est l'objet des discussions actuelles au niveau national : Culture Viandes a récemment annoncé être prêt à financer cette production à hauteur de 2 centimes par kilo de porc. Dans le même temps, l'institut du porc a chiffré, lui, le surcoût à 12-13 centimes par kilo. La charte du Marché du Porc Breton (MPB) va donc faire l'objet d'une mise à jour pour tenir compte du nouveau contexte, quand un accord aura été trouvé. Il reste que les acheteurs doivent avoir en main un contrat, faute de quoi ils se retrouvent en infraction depuis le 1er janvier.

 

Un bras de fer

On assiste donc à un bras de fer entre producteurs et abatteurs en vue d'une prise en compte de la castration en conformité avec les surcoûts qu'elle induit. Manifestement, tout ne sera pas prêt à l'échéance, « on risque de connaître des perturbations dans les flux du marché », prévoit François Valy qui compte aussi sur les organisations de producteurs (OP) et leur association (AOP) pour mettre au point un contrat que chaque éleveur pourrait proposer à son client. Il compte aussi sur les coopératives pour mettre à jour leur règlement intérieur afin qu'il comporte les clauses conformes aux obligations prévues par la loi Egalim. Avec des prix d'aliment qui devraient rester élevés, la prise en compte des coûts de production est, plus que jamais, une nécessité pour les éleveurs de porcs.

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