L'Eure Agricole Et Rurale 23 mars 2017 à 10h00 | Par L'Eure Agricole

La Normandie veut jouer de ses charmes

VALORISATION La FRSEA Normandie organisait un débat autour des atouts de la région à l'occasion de son assemblée générale, le 20 mars dernier à Caen.

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Invités à participer au débat sur les atouts de la Normandie pour les producteurs (de gauche à droite) : Sébastien Windsor, président d’Irqua Normandie ; Henri Pomikal, président de la coopérative linière du nord de Caen ; Jean-François Fortin directeur des Maîtres Laitiers du Cotentin ; Gilles Lechevallier, directeur de l’abattoir Socopa-Bigard du Neubourg et Liam Mac Hale (en médaillon), directeur de l’as-sociation irlandaise des agriculteurs à Bruxelles.
Invités à participer au débat sur les atouts de la Normandie pour les producteurs (de gauche à droite) : Sébastien Windsor, président d’Irqua Normandie ; Henri Pomikal, président de la coopérative linière du nord de Caen ; Jean-François Fortin directeur des Maîtres Laitiers du Cotentin ; Gilles Lechevallier, directeur de l’abattoir Socopa-Bigard du Neubourg et Liam Mac Hale (en médaillon), directeur de l’as-sociation irlandaise des agriculteurs à Bruxelles. - © L.Geffroy

Pour la première fois, l’assemblée générale de la FRSEA Normandie, présidée par Arnold Puech d’Alissac, était ouverte au public, ce lundi 20 mars à Caen, avec l’organisation d’un débat « Faire de la Normandie un atout au bénéfice des producteurs ».

L’île de l’alimentation

Liam Mac Hale est directeur de l’association irlandaise des agriculteurs à Bruxelles. Il est venu témoigner de la mise en place du programme Origin Green dans son pays. « Nous pensions être l’île de l’alimentation, mais en dehors d’Irlande, nous n’étions pas connus en tant que telle. En revanche, nous étions réputés pour notre côté naturel et vert. » Le pays décide de travailler sur cette image et d’en tirer parti, il y a maintenant dix ans. La présence de l’herbe sur 80 % du territoire alors que la moyenne européenne est plutôt 40 % est un atout. « Nous n’avons pas de problème avec l’eau, il pleut, ni avec la qualité de l’air ». Cette image plait au consommateur, les agriculteurs adoptent spontanément le programme. L’Irlande étant un pays exportateur, « nous n’avons pas mis en place d’étiquetage Origin Green car on ne s’adresse pas directe-ment au consommateur, plutôt aux chaines de supermarché à qui on présente nos bilans carbone ». L’Irlande compte 45 000 producteurs de viande et 18 000 producteurs de lait engagés dans cette démarche d’agriculture durable. D’un point de vue environnemental, cela a permis cette année une diminution de 39 %des émissions de carbone et de 24 % de la consommation d’eau.

L’histoire de la Normandie, un atout

Si l’herbe est le premier atout de l’Irlande, quel est celui de la Normandie ? Pour Sébastien Windsor, président d’Irqua-Normandie, la région est mondialement connue, d’abord en raison de son histoire. Mais pour capitaliser sur cet avantage, les producteurs normands sont encore timides. « L’enjeu premier est de créer de la valeur ajoutée. La marque Normandie est l’un des leviers pour aller en chercher. 80 % des achats se faisant en GMS, il faut pénétrer les grandes surfaces avec la marque, engager des partenariats avec les enseignes. »

En Chine ou en Inde...

Jean-François Fortin est directeur des Maîtres Laitiers du Cotentin (dont le siège est dans la Manche). « La Normandie, pour le consommateur de produits laitiers, c’est la région numéro un. Ma désolation est que c’est ancré et qu’on n’en profite pas ». Il met cependant en garde sur la création de nouvelles AOC : « ce que demande l’Inao entraîne un surcoût pour des contraintes que souvent ne demande pas le consommateur. Soyez vigilants. » Il s’interroge aussi sur la consommation intérieure, « elle ne va pas augmenter, vous allez prendre la place de quel-qu’un d’autre dans le linéaire et les prix risquent de baisser. Les marchés porteurs sont plutôt en Chine, en Inde… »

Jocelyn Pesqueux, président de la section laitière de la FNSEA 76, n’est pas de cet avis. « On ne veut pas de la production en plus, mais une production que l’on vend mieux, qui réponde aux attentes du consommateur. Et l’importance quand on est en retard, c’est de reprendre de l’avance ». Pour Clotilde Eudier, conseillère régionale en charge de l’agriculture, « la Normandie fait des produits d’exception. Il est temps de se retrousser les manches et d’y aller ».

Se tourner vers le marché chinois, serait-ce une opportunité à saisir ? Oui, d’après Philippe Faucon de la FDSEA de la Manche. « L’histoire, c’est à nous de l’écrire. Il nous faut un projet collectif qui nous tire tous dans le même sens. La Chine, j’en rentre. Ils consomment là-bas, et des pro-duits de luxe. Nous avons cette image de qualité qui convient ». Justement, la Chine, la filière lin la connait bien. 90 % de la pro-duction est vendue dans ce pays. « Ils viennent ici car ils y trouvent de la qualité » résume Henri Pomikal, président de la coopérative linière du nord de Caen (Calvados). « C’est une mine d’or, espérons que cela continue ». Pour Gilles Lechevallier, directeur de l’abattoir Socopa-Bigard du Neubourg, « nous sommes en retard car nous ne sommes pas en mesure de prouver nos démarches de durabilité et de les mesurer comme en Irlande. Notre force, ce sont nos zones herbagères, nos zones de cultures, les ateliers d’engraissement, cela permet de servir les clients toutes les semaines. L’apport d’herbe une grande partie de l’année, cela séduit les Scandinaves, par exemple ».

La restauration collective

Une autre piste, la restauration collective, est mise en avant par les professionnels. « Jusqu’où la Région est-elle prête à investir dans ce domaine, car il y a une vraie fenêtre de tir », pense Pascal Ferey, de la FDSEA de la Manche. « Vous pensez être les meilleurs, mais je reviens d’Ardèche, d’Auvergne et ils le pensent aussi et souhaitent eux aussi pro-mouvoir leurs produits. Je pense que pour des destinations comme la Chine, il faut travailler ensemble », estime Henri Bies-Péré, vice-président de la FNSEA. « On ne parle pas assez du retour au producteur. Danone, Bel utilisent l’image des producteurs et jamais il n’y a de retour », insiste pour sa part Sébastien Amand, de la FDSEA de la Manche.

Une marque nationale ?

« Quelle est la pertinence d’une marque Normandie ? Toutes les régions essayent de prendre des parts de marché. On serait les uns contre les autres ? Ne faudrait-il pas plutôt promouvoir davantage le made in France pour aller vers l’étranger ? » ajoute Patrice Lepainteur, de la FDSEA du Calvados. Mais pour Sébastien Windsor ,« le lait de Normandie à la place du lait de nulle part, c’est un enjeu pour sortir de la guerre des prix ». Pour Fabrice Moulard, de la FNSEA de l’Eure, « si on parlait simplement d’une agriculture normande avec de la prospective sur les marchés de demain, sur ce qui nous attend. Nous sommes tous interdépendants. »

Le nerf de la guerre reste la communication. « Nous sommes encore trop souvent concurrencés par la viande étrangère, surtout polonaise et c’est difficile de se battre contre ça. C’est un travail de longue haleine qui nous attend » , ajoute Gilles Lechevallier.

Laurence Geffroy

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