L'Eure Agricole Et Rurale 30 août 2019 à 08h00 | Par ALEXIS VILLENEUVE CHAMBRE D’AGRICULTURE DE NORMANDIE

Groupe Dephy Normand : état des lieux après 3 ans d’existence.

En avril 2017, un nouveau groupe Dephy a vu le jour en Seine-Maritime. Animé par la chambre d’agriculture de Normandie, ce réseau regroupant dix exploitations, localisé sur une zone dont la qualité de l’eau est un enjeu majeur, s’est fixé pour objectif la mise en oeuvre d’un ensemble de mesures visant à réduire l’utilisation des produits phytosanitaires.

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Après trois campagnes culturales, retour sur les temps forts et les avancées du groupe à travers le témoignage de Franck Sagaert. Agriculteur à Préaux sur 150 ha (blé, lin fibre et oléagineux, colza, orge, maïs), Franck est membre du groupe Dephy et vice-président de l’association « Collectif Agricole des Sources du Robec ».
Quels étaient vos motivations et vos objectifs en intégrant ce groupe ?
Comme citoyen, je me pose des questions sur notre environnement depuis longtemps déjà. Par exemple, en tant que consommateur, la qualité de l’eau m’a toujours interrogé. D’un point de vue plus personnel, le fait d’avoir un enfant autiste nous questionne davantage sur la préservation de notre environnement et son rôle dans notre qualité de vie. Déjà engagé dans la protection de la ressource en eau dans le cadre de l’association des agriculteurs pour la protection des sources du Robec, il m’a semblé naturel de poursuivre le travail au sein d’un groupe visant à réduire l’usage de produits phytosanitaires.
Après 3 ans dans le groupe Dephy, quels sont pour vous les avantages et les limites de ce dispositif ?
Le démarrage est souvent un peu long, le temps que l’on apprenne à se connaitre, à se faire confiance. Nous avons comme avantage d’être géographiquement proches les uns des autres avec des problématiques similaires. Nous avons également un objectif commun ; vivre le mieux possible de notre métier tout en préservant notre environnement qui se trouve être aussi notre outil de travail. Le groupe permet d’avancer plus rapidement en échangeant nos expériences. Collectivement on s’autorise plus facilement à réfléchir en dehors des sentiers battus. Cela peut permettre de faire émerger des alternatives techniques et agronomiques à certains usages de produits phytosanitaires auxquelles nous n’aurions pas nécessairement pensé individuellement. Concernant les limites, nous sommes vite rattrapés par l’organisation du travail et par le manque de temps disponible pour mettre en oeuvre nos idées et les expérimenter.
Quelles ont été les évolutions de votre système sur les dernières années, et les principales difficultés que vous rencontrez ?
J’ai repensé la façon dontje travaille mes terres. Pourla période d’interculture parexemple, je pratique de plusen plus des faux semis pourgérer les adventices en amont. Je cherche également à optimiser l’efficacité des traitements afin de pouvoir réduire les doses. Par exemple, en incorporant au semis les produits de désherbage, je profite de conditions favorables à leur efficacité tout en réduisant la dose de moitié. En plus des difficultés liées au temps et à l’organisation du travail, nous sommes confrontés à un contexte réglementaire contraignant pas toujours compatible avec l’innovation. De plus, avec le retrait de molécules, les modes d’actions sont limités, nous avons donc de moins en moins le droit à l’erreur, la prise de risque est réelle lorsque l’on teste des alternatives aux produits phytosanitaires.
Comment voyez-vous les prochaines années pour le groupe ?
Pour votre exploitation ?
Comme je le disais, nous sommes confrontés à un manque de temps pour expérimenter. Avant de mettre en oeuvre nos idées à l’échelle de nos exploitations,nous avons besoin de les tester. A ce titre, j’aimerais que l’on ait des surfaces dédiées localement et la main oeuvre pour s’en occuper. Une petite ferme expérimentale pour les groupes locaux en quelque sorte. Concernant mon exploitation, je vais poursuivre le travail engagé avec le groupe sur les produits de biocontrôle, les destructions mécaniques des couverts, l’optimisation de l’efficacité des traitements et la lutte contre les adventices à l’échelle de la rotation. A plus long terme, je réfléchis à une éventuelle conversion en agriculture biologique.

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