L'Eure Agricole Et Rurale 09 février 2017 à 10h00 | Par L'Eure Agricole

"Fierté et ambition, c'est ce qu'il nous manque aujourd'hui"

SYNDICALISME Deux-cents agriculteurs se sont déplacés au Neubourg lundi 6 février pour rencontrer Xavier Beulin, président de la FNSEA, venu sur l'invitation de la FNSEA de l'Eure.

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"Beaucoup d'aberrations sont dites sur l'Europe. Je suis convaincu de sa capacité à agir." a affirmé Xavier Beulin.
"Beaucoup d'aberrations sont dites sur l'Europe. Je suis convaincu de sa capacité à agir." a affirmé Xavier Beulin. - © Laurence Geffroy

" Ce qui manque à l'agriculture, c'est de la fierté et de l'ambition", résume Xavier Beulin, président de la FNSEA, lors de sa rencontre avec les agriculteurs eurois, lundi 6 février au lycée agricole du Neubourg. Les deux-cents participants pouvaient poser des questions en direct par SMS sur des thèmes très différents, comme la communication, l’environnement, le bien-être animal, le statut de l’agriculteur, la PAC…

Le lien avec les agriculteurs

« Ce rendez-vous nous permet de renouveler le lien d’adhésion avec les agriculteurs. Nous l’avons souhaité pour plusieurs raisons : d’abord la crise qui nous a mobilisés très fort depuis deux ans, avec des acquis syndicaux qui apportent un vrai bilan à la FNSEA malgré une année 2016 compliquée avec une prise de conscience tardive du gouvernement et de l’Europe, ensuite une PAC 2015 qui n’est pas encore soldée, et une FNSEA attaquée de toute part, jusqu’à son président », explique Régis Chopin, président de la FNSEA de l’Eure. « Dans les acquis syndicaux, j’en vois deux essentiels : les dix points de baisse des charges sociales à durée indéterminée qui est une grande victoire et qui a coûté 800 millions d’euros, et la mise en place du comité pour la rénovation des normes en agriculture (Corena) il y a huit mois. Cela va permettre de remettre la France au niveau européen », commence Xavier Beulin.

Une agriculture diversifiée

Première question de la salle : quel modèle agricole pour demain ? « Ce qu’il faut revendiquer est une agriculture diversifiée, la ferme des mille vaches n’est pas ce que nous allons promouvoir mais 45 éleveurs qui se regroupent pour créer un atelier d’engraissement de 800 veaux, c’est différent », répond le président de la FNSEA. Ce qui l’amène à défendre le statut de l’agriculteur qui lui tient à cœur. « Nous sommes la seule corporation à ne pas disposer de statut. Cela permettrait de protéger les plus vulnérables ».

Toujours sur le thème de l’agriculture de demain, un éleveur de poules pondeuses s’inquiète de la décision de la grande distribution d’arrêter la commercialisation des œufs de poules élevées en cage.

« Pour des raisons purement sanitaires, nous ne pouvons pas faire que du plein air… Mais au-delà, il y a la question économique. Qui va payer la mise aux normes ? Nous proposons une contribution volontaire obligatoire (CVO) sur quatre ans pour permettre aux éleveurs d’investir », lui répond Xavier Beulin.

Sur une question concernant la valeur ajoutée dans la filière laitière, le président de la FNSEA est catégorique : il faut revaloriser la valeur globale de la chaîne alimentaire. « Le coût de l’alimentation ne représente plus que 10 % des dépenses des foyers français, loin derrière l’habitat, l’habillement, la voiture et l’informa-tique. Sur 100 euros de dépense alimentaire, seuls 7,50 euros reviennent à l’agriculteur. Seule solution, informer le consommateur. Dans ce sens, l’étiquetage des produits issus du lait et de la viande vient d’être rendu obligatoire ».

Les questions sur la PAC n’ont bien sûr pas manqué. « Beaucoup d’aber-rations sont dites sur l’Europe. Je suis convaincu de sa capacité à agir. Il nous faut plus de convergence de la zone euro et un vrai budget pour la PAC (…) Il va falloir être imaginatif, encourager l’innovation. Mais le premier pilier doit rester sa structure ».

« Je crois en l’agriculture de précision »

Qui dit PAC dit verdissement. Que pense Xavier Beulin de la place de l’écologie ? « Elle est devenue transversale et plus seulement partisane. Je crois en l’agriculture de précision car la technologie avance. La bonne dose au bon endroit, c’est ce qui nous attend. 400 Start-up spécialisées en agriculture travaillent sur le sujet. Concernant les néonicotinoïdes, je vois mal le gouvernement, quel qu’il soit, revenir en arrière. Les dates seront peut-être modifiées, mais cela ira très vite. Ce que l’on souhaite dans ces débats, c’est réinjecter de l’expertise scientifique ».

Un gros volet des échanges a concerné la communication, « c’est central et complexe », conçoit Xavier Beulin. « Il est plus facile de dénoncer que de communiquer du positif ». Pour lui, il est de la responsabilité des agriculteurs d’informer leur environnement proche sur les bon-nes pratiques, famille comme voisins. « Il faut être pédagogique, cela commence par-là ». D’autres publics sont à atteindre : les étudiants en agriculture, le grand public… et les hommes politiques. D’ailleurs, pour ces derniers, la FNSEA a formulé treize propositions pour les candidats à l’élection présidentielle, un document qui a été distribué aux agriculteurs qui se sont déplacés lundi au Neubourg.

Laurence Geffroy

1 800 DOSSIERS AU CREDIT AGRICOLE NORMANDIE SEINE

A la suite d’une des questions de la salle qui portait sur les mesures de gestion de crise et le rôle de la BPI France, le président de la caisse régionale du Crédit agricole Normandie Seine, Pascal Lheureux, a tenu a rappelé que la caisse a fait un effort de 3 millions d’euros pour faire face à la crise, dont des pénalités qui n’ont pas été appliquées. 1 800 dossiers de prêts de trésorerie ont pu être traités dans l’Eure et la Seine-Maritime.

DOUBLE CASQUETTE ?

Président d'Avril et de la FNSEA, avantage ou inconvénient pour les agriculteurs ? Une partie de la réunion a porté sur la double casquette de Xavier Beulin.

« Avril est né il y a 35 ans.A l’époque, le soja dominait. Il y a eu l’embargo et l’occasion de se doter d’une vraie filière pour le colza. Il y a eu un premier investissement dans un outil de première transformation puis de deuxième… Je rappelle que je suis président non exécutif et que oui, c’est utile que des syndicalistes aient un pied dans l’économie. » Aujourd’hui, Avril est constitué de trois pôles : financier, végétal et animal. 70 % de ce qui est transformé par le groupe est d’origine française.

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