L'Eure Agricole Et Rurale 19 décembre 2012 à 12h44 | Par B. Delabre et S. Gibert

Environnement - Prendre le temps d’évaluer avant de condamner

Inquiets et en colère, 80 jeunes agriculteurs ont manifesté le 17 décembre à Rouen, dénonçant le projet du 5e programme directive “Nitrates”.

Abonnez-vous Réagir Imprimer
 (© (S.Gangneux))

la tension monte autour du futur cinquième programme d’action de la directive “Nitrates”. Un programme qui ne prend manifestement pas la bonne direction pour les Jeunes Agriculteurs de Haute-Normandie qui se sont réunis le 17 décembre devant la cité administrative de Saint-Sever à Rouen. Quatre-vingt jeunes remontés, qui ont déversé quatre belles bennes de fumier devant les locaux de l’administration, avant d’y planter, période des fêtes oblige, un sapin de Noël. Des tracts et sachets de fumier “engrais naturel ou fumier de Noël” ont été distribués aux passants. Avec, en prime,  des messages explicites :  “la course au règlement ne protège pas l’environnement” ou “engrais en voie de disparition”.



Mesure d’impacts

Avant toute chose, les JA déplorent le manque de pragmatisme du ministère dans ses propositions sur le cinquième programme d’action directives “nitrates”. Ces nouvelles règles vont imposer des investissements importants, sans financement, et mettre en péril certaines filières. Conséquence directe de ce programme, “Les capacités de stockage vont devoir augmenter” s’alarment les JA. “Nous souhaitons obtenir un chiffrage des conséquences pour les exploitations concernées par cette mise aux normes, explique Stéphane Donckele, le président des JA de Seine-Maritime. C’est d’ailleurs l’une des idées fortes qui est portée par la liste FNSEA76 / JA76 candidate à l’élection à la chambre d’Agriculture : il faut que les impacts économiques de toute mesure soient évalués et que cela engendre une indemnisation en conséquence.” Cette politique de moyens n’est pas efficace et condamne les pratiques agricoles avant même de les avoir évaluées. Pire, “Si réellement ce programme s’applique, on va encore perdre des élevages, alerte Stéphane Donckele. Sur certains points, nous devons savoir dire non !”



Cultures intermédiaires

Dans tous les cas, les JA s’opposent aux règles bêtes et méchantes. Ils demandent par exemple qu’un exploitant puisse avoir des capacités de stockage inférieures aux valeurs de référence, s’il peut démontrer l’adéquation de son stockage avec le fonctionnement de son exploitation. De même, pour les cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan), les JA demandent que soient reconnus certains contextes particuliers. Pour eux, il faut autoriser des dérogations régionales si le contexte pédo-climatique n’est pas propice à l’implantation des Cipan, ou encore supprimer l’obligation de couverture de sols en interculture courte. Le “faux semis” doit aussi être reconnu pour la bio comme pour les autres modes de production, et les repousses de céréales ne doivent pas être limitées à 20 % des surfaces en interculture longue à l’échelle de l’exploitation.


(...) la suite en page 3 de l'Eure Agricole du 20 décembre 2012

- © JA27

Julien Marre, Jeune Agriculteur de l’Eure et administrateur national, livre son analyse :
“En réponse à la Commission Européenne supposant une mauvaise application de la directive “Nitrates” en France, les Ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie rendent leur copie sur le cinquième programme directive “Nitrates” pour la fin de l’année 2012. Produire en respectant l’environnement est une évidence pour “Jeunes Agriculteurs”. Mais créer une nouvelle réglementation tellement aberrante dépasse l’entendement. Pour ne citer que quelques exemples : Les capacités de stockage des effluents de nos élevages ont été déterminées par un diagnostic individualisé à l’exploitation, le Dexel. L’UE juge cette méthode trop individuelle, pas assez contraignante. Elle  demande 6 mois de capacité de stockage dans le nord de la Franceet 5 mois dans le sud. Comment justifier des mois de stockage supplémentaires alors que nos élevages étaient aux normes ? Autre exemple : comment justifier la volonté de l’UE d’interdire l’épandage de tout type de fertilisant lorsque la pente de la parcelle est supérieure à 7 ou 10 % ? Pourquoi mettre une part importante du territoire en jachère sans même être certains de l’efficacité d’une telle mesure ? Et ce ne sont que deux exemples ! Pour ne pas payer de lourdes amendes en cas de condamnation, le gouvernement propose d’ajouter des contraintes. Le bon sens paysan n’a jamais été compatible avec la technocratie ! C’est pour cela que les JA de Haute-Normandie ont manifesté le 17 décembre devant la Dreal et la Draaf à Rouen. Une délégation a été reçue par la Dreal qui transmettra nos revendications au Ministère.”

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions émises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Eure Agricole et Rurale se réserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et règlements en vigueur, et décline toute responsabilité quant aux opinions émises,

Les ARTICLES LES PLUS...

la phrase de la semaine

Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon.

Léon Tolstoï

Le chiffre de la semaine
15
15 millions d’euros d’aides européennes sont disponibles pour la France pour le programme Fruits et Légumes à l’école, a rappelé Légumes de France le 3 avril. Malheureusement, les responsables de la filière craignent que les lourdeurs administratives ne rebutent les opérateurs pour utiliser ce dispositif.

À LA UNE DANS LES RÉGIONS

» voir toutes 21 unes régionales aujourd'hui