L'Eure Agricole Et Rurale 04 juin 2014 à 10h39 | Par F. Carbonell

Eau - « Après deux années de silence, on sort 19 pages d’actions ! »

Les acteurs du Bac des sources de la Vigne et Gonord ont participé, mardi 27 mai à Verneuil sur Avre, à une réunion de présentation des actions à venir. L’amphi de la MJC était bondé par des agriculteurs pas vraiment ravis de la conduite de ce dossier.

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Les interventions de Marion Pavy (Eau de Paris) et Alice Degrouas (SAEP) étaient attendues tout comme les discussions qui ont suivi.
Les interventions de Marion Pavy (Eau de Paris) et Alice Degrouas (SAEP) étaient attendues tout comme les discussions qui ont suivi. - © (F.Carbonell)

Sujet ô combien sensible que celui de la protection des ressources en eau, surtout dans le cas des bassins d’alimentation de captage. A l’exemple de celui des sources de la Vigne et Gonord (28-61-27) qui fait partie des captages prioritaires au titre du Grenelle de l’Environnement pour la mise en place d’actions. Des sources d’ailleurs « influencées » par le même bassin d’alimentation qui a poussé le SAEP* Verneuil-Est et Eau de Paris (tous deux gestionnaires et maîtres d’ouvrage) à s’associer pour agir ensemble.

C’est ainsi qu’un plan d’action volontaire a été proposé sur l’ensemble bassin d’alimentation « afin de mettre en œuvre des actions efficaces pour la protection de la ressource en eau ». Il fut justement question, dans un premier temps, du travail d’animation (collective) réalisé depuis deux ans sur le Bac avec des journées techniques, des démonstrations... « C’est, en moyenne, une dizaine d’agriculteurs qui ont participé durant cette période » rappelle Alice Desgrouas, l’animatrice du SAEP de Verneuil.

Dans la foulée, Marion Davy, l’animatrice Eau de Paris, est revenue plus largement sur les caractéristiques de ce bassin. « Il est très, très grand avec plus de 37 000 ha et cumule quelques particularités – et aussi difficultés - puisqu’il se situe sur trois régions et trois départements. Il concerne ainsi plus de 300 agriculteurs. Un secteur avec une vulnérabilité importante puisque la craie est beaucoup fissurée et les circulations se font très rapidement depuis la surface jusqu’aux sources...() L’autre particularité de cette vulnérabilité,  c’est qu’elle est très dispersée sur l’ensemble du bassin. Ce qui explique la nécessité de travailler sur l’ensemble de l’aire d’alimentation de captage... » Un constat général qui n’offre pas de contestation. Les agriculteurs, premiers concernés sur ce dossier, connaissent parfaitement leur territoire. Ils savent aussi la difficulté de conduire des actions sur trois régions et trois départements. Mais tout cela avait été vu au démarrage de l’action et les acteurs avaient, semble-t-il, pris soin de s’organiser comme les chambres d’Agriculture concernés en déléguant à la chambre d’Agriculture d’Eure-et-Loir le suivi de ce bassin.

(...)



Pas d’arrête préfectoral, pour l’instant...
« Le plan d’actions est volontaire et ne fera pas l’objet d’arrêté préfectoral » a répété Marion Davy, l’animatrice d’Eau de Paris,. Pour autant, elle précise aussi « que l’implication de chacun est primordiale car, dans trois ans, une évaluation des actions sera réalisée. Et l’Etat pourra décider, selon la dynamique engagée et l’évolution de la qualité de l’eau, de définir de nouvelles actions pouvant faire l’objet d’un arrêté préfectoral. »
Avant même que soit engagée la présentation du nouveau plan d’actions à venir, de l’amphi plein comme un œuf,  les premières interventions fusent... « Quand je vois qu’en Eure-et-Loir sur les bassins Grenelle, Nous avons eu des réunions au rythme de 5 à 6 par an pour travailler sur les plans d’actions avec les agriculteurs et la chambre d’Agriculture. Et nous arrivons aujourd’hui pour une présentation du plan d’actions de ce Bac alors qu’il n’y a eu que deux Copil*, et ce, il y a pratiquement deux ans... » regrette haut et fort un agriculteur avant d’ajouter : «  Comment pouvez-vous présenter un plan d’actions sans intégrer l’avis des agriculteurs ? » Un « timing » largement contesté ce mardi par les agriculteurs.

Mais ce ne fut pas le seul motif de colère... « Ce que je trouve inadmissible aujourd’hui, c’est que le président du comité de pilotage, Gérard Laurain, ne soit pas présent pour une réunion aussi importante ! » déplore Régis Chopin, le président de la FNSEA 27. « Par ailleurs, le technicien de l’Agence de l’Eau ici présent sait très bien ce qui s’est passé sur les autres Bac du département...() Dans ces Bacs, il y a eu des comités de pilotage qui se sont déroulés régulièrement. Ensuite, il y a eu des comités techniques. Dans ceux-ci, les agriculteurs ont fait valoir ce qui les intéressait et ont travaillé de concert avec les animatrices des Bac. Je n’ai pas l’impression que cela se soit passé ainsi pour les sources de la Vigne et Gonord. Je vous demande à l’instant de nous donner l’échéancier passé autour des comités de pilotage, de réunions techniques... »

Une demande à laquelle les intervenantes du jour répondront avec, très concrètement, un « trou » de deux ans entre deux comités de pilotage. « Pour présenter aujourd’hui un plan d’actions qui rencontre l’adhésion de la grande majorité des agriculteurs, il aurait fallu travailler de manière beaucoup plus proche avec eux... () Nous sommes conscients que c’est difficile par rapport à la situation géographique du Bac situé sur trois régions différentes, seulement le plan d’actions doit être partagé avec les intéressés. Si cet engagement n’est pas respecté et si cette réunion ne convient pas, nous pouvons aussi tous nous en aller. Nous vous laissons présenter le programme d’actions et nous vous demandons de retenir toutes les remarques que nous ferons... »


La bio, figure de proue ?
D’autres interventions viendront confirmer cette volonté de peser sur le plan d’actions. Ce dernier est donc alors présenté dans le détail d’un document fort de 19 pages dans lequel Eau de Paris et le SAEP insistent, notamment, sur le développement de systèmes économes en intrants.

(...)

A signaler, au passage, que les pollutions ponctuelles sont oubliées. Quant aux actions préconisées aujourd’hui, elles se déclinent en trois points : le diagnostic-conseil puis le suivi individuel par un conseiller ; l’appui des outils (animation collective), réseau d’épidémio-surveillance, base de données reliquats) ; le développement de l’agriculture bio. « L’agriculture bio est un système particulièrement encouragé sur le bassin puisqu’il permet une protection durable et avérée de la ressource en eau » rappelle-t-on encore.
Seulement, sur ce point, les agriculteurs présents sont loin d’être rassurés. Et de regretter en particulier « que dans ce plan, l’action phare préconisée soit uniquement l’agriculture bio. Comment peut-on accepter pareil parti pris ? Que fait-on de l’agriculture raisonnée, de l’agriculture de précision ? Là encore, cela ne repose sur aucune concertation... » Signalons enfin qu’il a été demandé que soit repris le travail entre les trois chambres d’Agriculture concernées « afin d’infléchir ce programme trop restrictif et orienté ».



*Copil : comité de pilotage


* SAEP : syndicat d’eau Verneuil-Est

 


Plus d'informations dans l'Eure Agricole et Rurale du 05/06/14, page 04.

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