L'Eure Agricole Et Rurale 07 février 2022 a 08h00 | Par Justine Peschard

COTATION BEURRE / POUDRE EN FORTE AUGMENTATION

Quel retour pour les producteurs de lait ? Frôlant les 500 €/tonne, les produits industriels laitiers arrivent à un niveau record, dépassant les niveaux de 2007 et de 2014.

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- © SOURCE : CNIEL/FRANCEAGRIMER

De mémoire d’éleveurs laitiers, jamais la valorisation beurre / poudre n’a atteint de tels niveaux. La baisse européenne de production de beurre (- 1,9 % entre les 10 premiers mois de 2020 et les 10 premiers mois de 2021), de poudres grasses (- 10,5 %) et de poudres maigres (- 4,4 %), associée à une demande mondiale toujours maintenue, induit une flambée des cotations.

Cette tension sur les marchés profite en partie aux producteurs dont les laiteries affichent une part de produits industriels dans la formule de prix. Pour les autres, la couleur de cette embellie est plus difficile à percevoir et ne permet pas de faire face à la hausse des coûts de production, aggravant la situation de certains éleveurs dont la trésorerie et le revenu ne cessent de diminuer.  Pour preuve, le niveau des charges atteint également des niveaux historiques : selon l’indice MILC calculé par l’Idele, elles s’élèvent à 337 e/1 000 l au mois d’octobre 2021, continuant à progresser et induisant une diminution directe de la marge brute des élevages laitiers.

 

 

Ludovic BLIN, président de la section laitière régionale de la FRSEA de Normandie.

Nous faisons aujourd’hui l’amer constat qu’aucune laiterie ni aucune coopérative n’affiche à ce jour l’indicateur de prix de revient du Cniel à 100 % de sa partie PGC France. Nous invitons tous les producteurs de lait français à se servir du nouveau cadre réglementaire (EGA 2) pour faire une proposition simple à leurs laiteries : prendre en compte l’indicateur de prix de revient à 100 % du marché intérieur, quelle que soit la laiterie, quelle que soit la catégorie de produit… Seule cette prise en compte permettra de couvrir l’augmentation des charges et de garantir aux producteurs de lait un prix de base suffisant pour dégager un revenu décent. Les marchés internationaux sont volatils et court-termistes, ce ne sont pas les outils du renouvellement des générations. Seul l’indicateur de prix de revient l’est !

 

Thierry Roquefeuil, président de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait (FNPL).

2022 : l’année du revenu des producteurs de lait.

Dans une interview donnée en début d’année, Thierry Roquefeuil, président de la Fédération Nationale des Producteurs de Lait (FNPL), s’exprime sur les attentes des producteurs pour 2022. La rémunération des producteurs, priorité du syndicat laitier, et l’application de la loi EGA2, sont au cœur de la feuille de route.

 

« Automne 2021, la loi pour la défense du revenu des agriculteurs a été votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale et par le Sénat. C’est dire si ce problème est consensuel au sein de la représentation nationale. Nos élus ont compris que la souveraineté alimentaire, avec une alimentation de qualité respectant nos standards, passera obligatoirement par un revenu décent des agriculteurs.

Les clauses d’ajustements automatiques à l’environnement concurrentiel sont désormais interdites, nous avons eu l’occasion de le rappeler à ceux qui l’ont oublié.

 

Industriels, privés ou coopératifs, et distributeurs sont au beau milieu des négociations commerciales et il ne nous appartient pas d’intervenir dans les discussions. Nous voudrions tout de même rappeler qu’à l’heure de l’explosion des charges d’exploitation et quand la loi prévoit la non-négociabilité des matières premières agricoles, nous ne saurions comprendre que des laiteries n’intègrent pas dans leurs conditions générales de vente des indicateurs de prix qui tiennent vraiment compte des coûts de production et de la rémunération des producteurs de lait.

 

L’absence de prise en compte par certains et la prise en compte partielle par d’autres sont inacceptables à deux titres. Tout d’abord, au niveau légal, la loi Egalim2 impose l’utilisation d’indicateurs de prix de revient dans la construction des prix, ce n’est que justice. Et ensuite au niveau moral, les quatre collèges de l’interprofession laitière ont signé un plan de filière ambitieux, France Terre de lait. Et si le Cniel a fait valider par l’Europe un indicateur de prix de revient, ce n’est pas seulement pour faire bien sur les photos et pour le RSE des entreprises, c’est pour que la filière l’utilise pour construire un revenu attrayant pour les éleveurs, car il est évident que sans revenu attrayant on restera dans le plan de communication incantatoire pour traiter le dossier clé du renouvellement des générations dans l’élevage laitier.

Nous faisons un métier merveilleux et l’exerçons avec passion, mais depuis trop longtemps le lait est insuffisamment payé à une majorité d’éleveurs, il est plus que temps que ça change ».

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