L'Eure Agricole Et Rurale 24 juillet 2013 à 14h41 | Par L'Eure Agricole

Aviculture - “1 000 producteurs et 5 000 emplois menacés”

La Commission européenne a adopté la mise à zéro des restitutions pour le poulet export. Pour la filière et les pouvoirs publics français, rien ne justifie cette décision.

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Depuis deux ans, la commission européenne a réduit par palier le montant des restitutions.
Depuis deux ans, la commission européenne a réduit par palier le montant des restitutions. - © (S. LEITENBERGER)

La France a vivement réagi après la décision de la commission européenne du 18 juillet de mettre à zéro le mécanisme des restitutions à l’exportation de viande de volaille congelée européenne. D’autant que “cela n’était prévu qu’à compter du 1er janvier 2015”, disent les deux industriels de la filière française, Doux et Tilly-Sabco (250 à 260 000 tonnes de poulet congelé exportées par an), dans un communiqué commun. Ces exportations de poulets entiers congelés sont à destination de certains marchés, notamment au Moyen-Orient et dans la communauté des Etats indépendants. Cette décision fait suite à un vote le 18 juillet au sein du comité de gestion “produits animaux” sur une proposition de la Commission européenne visant à mettre fin aux dernières restitutions aux exportations en vigueur dans l’UE. Treize États membres ont voté pour, 10 contre et 5 se sont abstenus. Aucune majorité qualifiée ne s’est dégagée, la décision revient donc à Bruxelles qui publiera prochainement cette mesure au Journal officiel de l’UE. Pour rappel, depuis deux ans, la commission européenne a réduit par palier le montant des restitutions, passées de 325 €/t en 2011 à 217 € en octobre 2012 puis 108,50 €/t le 17 janvier dernier.

Vive réaction française
Pour Stéphane Le Foll, ministre de l’Agriculture, et Guillaume Garot, ministre de l’agroalimentaire, “rien ne justifie cette décision brutale”. Le compromis adopté fin juin sur la réforme de la Pac prévoyait de modifier les conditions de mise en oeuvre des restitutions à compter de l’entrée en vigueur de la nouvelle Pac 2014-2020. En outre, il permettait de maintenir un dispositif de restitutions sur l’année 2013. Les deux principaux volaillers français concernés ont aussi réagi vivement, demandant à l’État français “d’assumer pleinement ses responsabilités face à la menace que représente le désengagement de la Commission européenne. Il s’agit de prendre des mesures d’urgence permettant le maintien des restitutions le temps que les acteurs du marché puissent adapter leurs structures opérationnelle et financière à la disparition des dites restitutions”.Le jour même, les pouvoirs publics ont annoncé qu’ils travaillaient avec les opérateurs pour trouver des voies de recours. Et pour cause, ajoutent les pouvoirs publics, “la décision (européenne) fragilise la dynamique de restructuration engagée par les opérateurs depuis plusieurs mois avec le gouvernement et les collectivités territoriales pour chercher davantage de compétitivité dans toute la filière, dans la perspective annoncée de la fin du dispositif actuel”.

Une décision injustifiée
Les restitutions à l’exportation compensent la différence entre les prix communautaires et les prix mondiaux. Le montant des restitutions peut être corrigé selon la situation du marché mondial.Le 17 juillet, Daniel Sauvaget, P.-D.G. de Tilly-Sabco, disait que “le montant des restitutions devrait être réévalué au niveau qu’il était il y a deux ans, c’est-à-dire 325 €/t”. Il estimait cette demande légitime, compte tenu de “l’écart de prix de la tonne de poulet congelé rendue au Moyen-Orient, passé à 382 € entre le poulet brésilien et le poulet européen, contre 267 € en début d’année”. En cause, la dévaluation compétitive opérée par le Brésil durant le premier semestre, et la flambée des cours du soja consécutive à l’engorgement des ports du Brésil à l’expédition.
De son côté, Stéphane Le Foll explique l’incompréhension des pouvoirs publics : “L’environnement économique du marché international du poulet congelé s’est dégradé depuis la dernière fixation du montant des restitutions (évolution défavorable de la parité monétaire entre l’euro et le real, creusement du différentiel de coûts de production avec le Brésil, principal concurrent de la France)”. Si l’ensemble de la filière Grand export française milite depuis plusieurs semaines pour une réévaluation du niveau des restitutions, Christian Marinov, directeur de la Confédération française de l’aviculture (CFA) souligne qu’avec cette décision européenne, “1 000 producteurs et 5 000 emplois sont désormais directement menacés”.

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15 millions d’euros d’aides européennes sont disponibles pour la France pour le programme Fruits et Légumes à l’école, a rappelé Légumes de France le 3 avril. Malheureusement, les responsables de la filière craignent que les lourdeurs administratives ne rebutent les opérateurs pour utiliser ce dispositif.

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