L'Eure Agricole Et Rurale 27 avril 2021 a 08h00 | Par TERRES INOVIA

Après les méligèthes et le gel, quelles conséquences pour le colza ?

Après les coups de chaleur entre le 28 mars et le 1er avril, le thermomètre est descendu très bas dans les nuits des 5-6 et 6-7 avril, faisant craindre des impacts pour le colza.

Abonnez-vous Reagir Imprimer
Méligèthes sur colza
Méligèthes sur colza - © J. Lieven - Terres Inovia

Ces gelées pourraient laisser des traces, mais ce sont bien les conséquences des difficultés de maîtrise d'insectes qui restent le plus à redouter.

 

Quelle sensibilité du colza au gel, au tout début floraison ?

Environ 70 à 80 % des colzas étaient notés au stade F1 en ce début de semaine en Normandie et Ile-de-France. Les situations précoces de Basse-Normandie et Ile-de-France présentaient des parcelles plus en avance (stade F2, proche G1 pour les plus précoces).

Théoriquement, les fleurs avortent dès 0°C. Ce sont surtout les fleurs les plus exposées, sur les parties hautes des hampes, qui souffrent. Des gels précoces, à ce stade, sont généralement très bien compensés par les organes reproducteurs des hampes secondaires et tertiaires. Les boutons tolèrent quant à eux des températures plus basses : jusqu'à -5°C, -6°C, le colza supporte assez bien selon les observations empiriques. Pour les stades un peu plus avancés, les jeunes siliques (moins de 1 cm) sont bloquées à partir de -3°C, les siliques plus âgées (2 à 4 cm) supportent des gels jusqu'à -5°C.

 

Quelles conséquences visibles à ce jour ?

Les valeurs ci-dessus restent indicatives. De nombreux autres paramètres entrent en ligne de compte : topographie et exposition des parcelles, architecture, biovolumes et turgescence des plantes, variétés...

Après les deux nuits de gel, ce sont essentiellement des courbures de hampes principales (parties hautes) et des avortements de fleurs sur le haut des couverts qui se manifestent pour l'instant. Des tiges raides, cassantes, gelées de l'intérieur ont toutefois été rapportées en matinée et ces situations seront à suivre de près dans les prochains jours. Des nécroses au niveau des hampes pourraient se révéler dans ces cas.

 

Quelles différences par rapport à 2020 ?

Les gelées de fin mars et début avril 2020 avaient été moins intenses, mais accompagnées d'un vent de Nord-Est très mordant. Localement, les colzas avaient souffert de pliures de tiges, de flétrissement et dessèchement de feuilles. La durée de floraison avait été raccourcie en raison d'un manque d'eau associé à des pressions ravageurs ou des défauts de qualité d'enracinement. Ces jours-ci, le métabolisme des plantes parait beaucoup moins affecté. Les plantes se revigorent assez bien dans l'ensemble, il n'y a pas de pliure ou de tige « en U inversé ». Une chance, les implantations étaient bonnes à très bonnes à l'automne 2020 et les plantes n'ont pas eu à endurer un vent glacial.  Les parcelles très perturbées après le froid de février nous laissent, quant à elles, toujours perplexes quant à leur niveau de productivité.

 

Des disparités entre parcelles expliquées majoritairement par les effets des insectes

Les différences d'aspects entre parcelles, que l'on risque bien d'observer dans les prochaines semaines, montreront surtout la sévérité des dommages causés par les insectes : larves d'altises (dégâts type « pieds buissonnants / fasciés » très présents dans certains secteurs de Normandie), larves de charançons du bourgeon terminal localement en Essonne, charançons de la tige par-ci par-là et méligèthes absolument partout. La pression exercée par les méligèthes dans les derniers jours de mars 2021 fut la pire jamais vécue par une très large majorité de producteurs de la région. Certaines parcelles ont été littéralement saccagées suite à des vols très rapprochés parfois incontrôlables. Seuls quelques secteurs ont été épargnés (ex : Nord de Caen / Bayeux). Avec le temps froid, les insectes restants après les interventions ont été anesthésiés, mais des avortements de boutons, sans doute bien plus forts que ceux provoqués par le froid, seront à déplorer dans les quinze prochains jours (floraison délicate).

L'état sanitaire et nutritionnel des plantes conditionneront la capacité du colza à compenser. La pluie sera une aide précieuse pour redresser le tir.

 

Fongicides : conduite à tenir pour la suite

Après tous ces événements, il n'y a rien d'autre à faire que de poursuivre le suivi insectes et de raisonner au mieux le positionnement fongicide anti-sclerotinia à l'échelle de la parcelle. Les attaques de méligèthes et les avortements de boutons et fleurs peuvent compliquer la notation de stade. Il faudra trouver un compromis pour positionner le fongicide à un moment où interviendra la chute des premiers pétales après une relance significative de la floraison. Une protection fractionnée en 2 passages peut être utile pour gérer les parcelles à floraison hétérogène.

En présence de cylindrosporiose (fréquente en 2021), il conviendra d'assurer une lutte conjointe sclerotinia / cylindrosporiose avec un fongicide adéquat : les spécialités fongicides à base de triazole ont une efficacité curative et préventive reconnue au champ.

 

 

En Bref...

Gel : les Chambres d’agriculture ont activé des cellules de crise.

Dans un communiqué du 13 avril, les Chambres d’agriculture France (APCA) indiquent avoir mis en place des cellules de crise et des numéros dédiés dans les Chambres départementales d’agriculture « pour permettre aux agriculteurs sinistrés de se manifester et d’assurer un suivi adapté à chaque situation » (lire page 6). Concrètement, un premier point de situation est réalisé sur les dommages aux cultures liés au gel : productions et surfaces concernées, ampleur des dégâts, nombre de producteurs touchés et montant des dégâts estimé. En outre, les Chambres d’agriculture mettent à disposition leurs conseillers pour accompagner les agriculteurs sinistrés sur un plan technique et administratif. L’APCA demande également, « avec l’ensemble des acteurs de la profession agricole (…) », un certain nombre de mesures au Gouvernement, notamment que l’enveloppe nationale du Fonds national de gestion des risques en agriculture (FNGRA) soit déplafonnée. La Chambre consulaire demande aussi une exonération de la taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti (TATFNB) pour les agriculteurs sinistrés ainsi qu’un accompagnement social, fiscal, bancaire et la mise en place d’un mécanisme d’aide simple et rapide. « Un travail doit être également fait avec les banques et les principaux fournisseurs pour des reports et un étalement des échéances de prêts », souligne l’APCA.

Réagissez à cet article

Attention, vous devez être connecté en tant que
membre du site pour saisir un commentaire.

Connectez-vous Créez un compte ou

Les opinions emises par les internautes n'engagent que leurs auteurs. L'Eure Agricole et Rurale se reserve le droit de suspendre ou d'interrompre la diffusion de tout commentaire dont le contenu serait susceptible de porter atteinte aux tiers ou d'enfreindre les lois et reglements en vigueur, et decline toute responsabilite quant aux opinions emises,

la phrase de la semaine

L'EURE AGRICOLE ET RURALE VOUS INFORME Votre journal vous sera normalement adressé comme à l’habitude aujourd'hui. En tant qu’abonné, vous pouvez aussi le consulter en version numérique. Pour y accéder rien de plus facile, cliquez sur l'article ci-dessous

L'équipe de L'Eure Agricole et Rurale

Le chiffre de la semaine
02 32 28 55 55
C'est votre contact pour vous abonner au journal numérique