L'Eure Agricole Et Rurale 20 novembre 2020 à 08h00 | Par Propos recueillis par Laurence Geffroy

ALEXANDRE QUILLET, président du syndicat betteravier de l’Eure

Des betteraves jaunes, une année noire pour les planteurs eurois.

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- © DR.

Où en est la campagne betteravière dans l’Eure ?

Le 7 novembre, nous étions à la moitié des surfaces arrachées dans l’Eure. 2020 sera une très mauvaise campagne, avec 65 t/ha attendues à une richesse moyenne de 17°, donc 70 t/ha ramené à 16° (betterave entière). Ce sera le plus bas niveau enregistré depuis 2001 à l’usine d’Etrépagny, et c’est le résultat de la conjugaison de la sécheresse et de la jaunisse virale. Nous observons une très forte hétérogénéité entre planteurs, avec à certains endroits moins de 30 t/ha à 16° et plus de 100 t/ha à d’autres.

Nous avons rarement connu autant de livraisons de betteraves avec une richesse inférieure à 16° .

Enfin,nous constatons qu’il n’y a pas eu de progression du rendement de la racine en octobre, contrairement à d’habitude, car la jaunisse virale a bloqué le métabolisme des plantes touchées.

Comment va se passer la conservation des betteraves en silo, c’est l’inconnu car la situation est inédite. La sécheresse a amplifié le problème de la jaunisse virale, dont les premiers symptômes foliaires sont apparus début juin, et l’état sanitaire des betteraves n’a fait que de se dégrader depuis.

 

Où en est le dossier sur la jaunisse ?

Nous agissons sur trois leviers. Le premier, c’est de s’assurer que la situation ne se reproduise plus. Le projet de dérogation pour pouvoir utiliser les néonicotinoïdes en enrobage de semence a été validé par le ministre de l’Agriculture le 6 août, le Conseil des ministres le 3 septembre, l’Assemblée nationale le 6 octobre et le Sénat le 27 octobre. Le 4 novembre, la loi a été votée mais un recours a été déposé par des députés de l’opposition devant le Conseil Constitutionnel, et nous restons donc sous la menace d’une invalidation. Par ailleurs, l’ANSES doit délivrer ses recommandations sur le sujet, avant le décret d’application de la Loi, en vue de protéger les pollinisateurs ; les betteraviers avaient anticipé d’éventuelles contraintes à venir, en proposant dès le 6 août, de réduire de 25 % la dose de produit autour de la graine et de ne pas semer de cultures mellifères attractives l’année suivante, pour diminuer le risque de résidus perturbant les pollinisateurs. Nous restons acteurs et déterminés sur la voie d’une dérogation, mais que la Loi limitera à seulement 3 années.

Le second levier est de trouver une solution alternative aux néonicotinoïdes pour 2024 pour ne pas se retrouver comme en 2020. En effet, certains betteraviers ne prendront pas le risque de semer sans solutions efficaces, car la jaunisse pourra arriver n’importe où en France, et les dégâts peuvent être insurmontables. S’il n’y a pas suffisamment de betteraves semées, les usines n’ouvriront pas leurs portes et ce sera la mort de la filière. Dans ce but, nous venons de lancer un programme national de recherches et d’innovations, qui est co-piloté par l’Inrae et l’institut technique de la betterave (ITB) ; nous avons 1 000 jours pour trouver des solutions, qui seront plurielles pour se combiner avec synergie : génétique, agronomique, et paysagère. Le challenge est grand, et nous voulons le réussir.

Le troisième levier est pour le très court terme. La jaunisse a fait un mal fou chez certains planteurs en 2020, et pour eux, les pertes financières sont importantes. La dérogation nous avait été refusée en 2018 sous prétexte que nous avions une alternative chimique, le Karaté K ; pourtant notre filière déclarait déjà que les pucerons vecteurs de la jaunisse étaient devenus résistants à ce produit. Entre temps, l’Anses a refait des essais pour conclure sur la non efficacité du Karaté K. Nous avons réussi à convaincre le gouvernement de la nécessité d’indemniser les planteurs, qui n’auraient pas connu de telles pertes en 2020 si la dérogation avait été accordée dès 2018. Cette indemnisation est actuellement en négociation.

 

Votre assemblée générale statutaire a eu lieu vendredi 13 novembre. Quelles évolutions ont été décidées ?

La crise sanitaire nous a empêché de tenir notre assemblée générale, habituellement en juin. Nous étions néanmoins tenus de nous réunir pour des raisons statutaires, et nous l’avons fait en Visio conférence. Nous y avons décidé à l’ unanimité la fusion absorption du syndicat betteravier de l’Eure par la CGB, comme pour les 13 autres syndicats betteraviers départementaux, afin de former un syndicat unique, à la place d’une confédération. La raison est purement économique ; le projet a été mûrement réfléchi depuis 18 mois par l’ensemble des élus CGB pour rationaliser notre organisation syndicale ; nous réduisons ainsi drastiquement nos charges de fonctionnement en n’ayant plus qu’une seule structure, et ce sera effectif au 1er janvier 2021. Pour autant, le changement juridique n’aura pas de conséquences sur l’activité du syndicalisme départemental ; la CGB aura des délégations départementales et régionales, composées de conseillers élus par les planteurs localement, et toujours missionnés pour défendre le revenu betteravier.

 

Du 18 au 25 novembre vont se dérouler par voie électronique les élections pour la commission de répartition de la valeur (CRV). Pouvez-vous nous expliquer son rôle ?

En 2016, nous avions un accord interprofessionnel issu du règlement sucre européen avec un prix minimum garanti pour la betterave. En 2017, les quotas ont été supprimés et le minimum garanti par la même occasion. L’entente sur les prix étant interdite, il ne pouvait donc plus y avoir d’accord interprofessionnel sur ce sujet. En contrepartie, la règlementation européenne déclinée au sein d’un Accord Interprofessionnel national, a donc prévu d’instaurer deux Commissions pour gérer les relations des fabricants de sucre privés avec les planteurs. La première est la Commission Interprofessionnelle, une par usine pour parler de tous les sujets sauf de prix, et la seconde est la Commission de Répartition de la Valeur pour discuter des sujets « en euros », comme le prix de la betterave, les indemnités, le coût du déterrage…

C’est donc la CRV de l’ensemble du groupe Saint-Louis Sucre qui est chargée de ces dossiers financiers. Cette CRV est rééligible actuellement pour un an et la CGB présente une liste de huit candidats : Alexandre Quillet (Eure), Guillaume Moizard (Somme), Paul Lannoy (Eure), Jean-Pierre Josselin (Oise), Renaud Fatras (Eure), Cyrille Dupuy (Somme), Eric Chevallier (Oise) et Hubert Compère(Aisne). J’invite naturellement les planteurs à voter massivement pour cette liste soutenue également par FNSEA/JA.

 

 

Rectificatif.

Dans notre édition du 12 novembre, plusieurs coquilles concernant des données chiffrées se sont glissées dans l’article « La betterave à sucre, une filière noble sur la bonne route ». Il fallait lire : « La Normandie est la 4e région française productrice de betterave à sucre. Avec 13 000 hectares, soit 3 % des surfaces agricoles du département, 980 planteurs et l’usine Saint-Louis d’Etrepagny, le département de l’Eure en est le chef de file. 200 000 tonnes de sucre sont traitées par an. » De même, il fallait lire : « En 1990, c’était 33 tonnes de terre pour 100 tonnes enlevées. Quinze ans plus tard, c’est 22 tonnes et en 2020, en moyenne cela ne représente plus que 10 tonnes. Cela permet de baisser le nombre de camions. » L’article au complet est consultable sur ce site.

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