L'Eure Agricole Et Rurale 26 janvier 2017 à 15h00 | Par L'Eure Agricole

Agriculture et apiculture, des productions complémentaires

ABEILLES Rapidement après les débuts de l'agriculture, les ruches se sont installées au sein des exploitations, apportant du miel et permettant d'assurer la pollinisation des cultures et des vergers.

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De nombreux projets ont été mis en place pour mieux comprendre et tenter d'enrayer le phénomène de déclin des colonies, mais également pour favoriser la pollinisation et le rendement des cultures.
De nombreux projets ont été mis en place pour mieux comprendre et tenter d'enrayer le phénomène de déclin des colonies, mais également pour favoriser la pollinisation et le rendement des cultures. - © Jean Weber

La modernisation de l'agriculture s'est accompagnée d'une spécialisation des productions : les grandes cultures se sont développées et l’apiculture s’est professionnalisée, entrainant la séparation, parfois radicale, de ces deux mondes. Pourtant les apports mutuels de ces deux productions sont indéniables et rappellent à quel point il est urgent que leurs acteurs travaillent intelligemment ensemble.

La pollinisation indispensable à la survie des plantes à fleurs

En explorant les fleurs, les abeilles se frottent aux étamines, récoltant involontairement des grains de pollen qu’elles abandonneront par la suite dans une autre fleur. Les abeilles domestiques sont générale-ment fidèles à une espèce végétale donnée, lors d’un voyage de collecte de pollen ou de nectar. Elles assurent une reproduction croisée, indispensable à la survie de ces espèces. En effet, la plupart des plantes à fleurs sont hermaphrodites et ont la capacité de se reproduire par autofécondation.

Pourtant l’entomogamie, c’est-à-dire la reproduction permise par des pollinisateurs, enrichit le patrimoine génétique des plantes, qui s’adapteront mieux à de nouvelles conditions de vie. Depuis plus de 100 millions d’années, la pollinisation a ainsi engendré une formidable coévolution des plantes à fleurs et des insectes. Parmi les insectes, l’abeille est décrite comme un pollinisateur extrêmement efficace puisqu’une colonie visite en une journée plu-sieurs milliers de fleurs.

Interdépendance des cultures et des pollinisateurs

On estime que 80 % des cultures, essentiellement fruitières, légumières, oléagineuses et protéagineuses, sont dépendantes des insectes pollinisateurs. En 2005, l’apport des insectes pollinisateurs, dont l’abeille, aux principales cultures mondiales, a été évalué à 153 milliards d’euros, soit 9,5 % de la production alimentaire mondiale.

Entre 2000 et 2009, les surfaces de cultures entomophiles ont augmenté de 14 %. Pour exemple, dans les années 90, les producteurs de colza sont passés de lignées hermaphrodites à des lignées à reproduction allogame, nécessitant le croisement de colzas mâles et femelles, et donc l’intervention de pollinisateurs pour améliorer les rendements. D’autre part, une étude menée ces dernières années par l’Inra, a montré des pics d’accumulation des réserves des abeilles domestiques au moment de la floraison des cultures de colza et de tournesol, montrant l’importance de ces cultures pour la production de miel. L’importance des espèces végétales adventices et sauvages pour diversifier le régime alimentaire des abeilles, nécessaire à leur bonne santé, et pour les nourrir pendant les périodes de disette, ne doit cependant pas être sous-estimée.

Déséquilibre entre le besoin et la disponibilité en pollinisateur

D’après un rapport de l’ITSAP, en 2008, le besoin de pollinisation des cultures françaises, principalement oleoprotéagineuses (83 %), nécessitait la présence de 5,2 millions de colonies d’abeilles en moyenne. Ce chiffre, bien que ne tenant pas compte du potentiel d’une colonie à réaliser plusieurs « prestations » dans l’année, est tout de même bien loin des 1,34 millions de colonies potentiellement disponibles (correspondant au cheptel apicole national). En France, l’accroissement des sur-faces de cultures et la baisse des colo-nies disponibles se sont traduits par une baisse de 50 % de la couverture des besoins en pollinisateurs entre 2005 et 2010.

Fort de ce constat, de nombreux pro-jets ont été mis en place pour mieux comprendre et tenter d’enrayer le phénomène de déclin des colonies, mais également pour favoriser la pollinisation et le rendement des cultures. Une enquête réalisée auprès de producteurs de semences montre que deux-tiers d’entre eux souhaitaient voir se développer des outils permettant d’entrer facilement en contact avec des apiculteurs pour proposer des chantiers de pollinisation. Pour répondre à cette attente, la plateforme web de mise en relation www.beewapi.com a été créée en 2012.

De nombreux apiculteurs recherchent également de bons emplacements pour leurs ruches et pour-raient voir dans les surfaces cultivées une offre attractive pour leurs abeilles. Mais des inquiétudes persistent, notamment celles de voir leurs abeilles décimées par des traitements phytosanitaires, ou que le manque de diversité florale (en particulier sur les surfaces où les haies ont disparu) affaiblisse progressive-ment les colonies.

Pour répondre à ces inquiétudes, et plus largement pour comprendre et limiter les phénomènes de mortalité massive des abeilles, des travaux ont été menés par l’Inra afin de préciser l’impact des traitements phytosanitaires sur la santé des abeilles. Il en a résulté un travail conjoint entre agriculteurs et apiculteurs pour aboutir en 2014 à une charte de « bonnes pratiques agricoles et apicoles », reconnue au niveau national*. Des rencontres entre apiculteurs et agriculteurs, dites
«r
encontres bout de champ » renforcent la communication et la connaissance mutuelle de ces deux productions, tant sur le plan des contraintes respectives que des bénéfices réciproques.

JULIE RENOUX

www.gnis.fr/files/PRESSE/Charte_de_bonnes_ pratiques_agricoles_et_apicoles_en_ pollinisation.pdf

CULTURES INTERMÉDIAIRES MELLIFÈRE

Renforcer les colonies et limiter les mortalités hivernales sont deux objectifs pour lesquels les agriculteurs peuvent jouer un rôle important. dans ce cadre, l’Institut de l’abeille (ITSAP) a lancé un projet, Interapi, pour mettre en place des cultures intermédiaires mellifères. C’est un outil d’aide à la gestion des ressources mellifères(38 espèces et 4 mélanges sont présentés, du point de vue de leur intérêt agronomique et apicole), implantables en interculture ou en jachère. Il faut espérer qu’en se développant, ce type de projet tienne compte également des milliers d’espèces d’abeilles sauvages, généra-lement inféodées à une poignée d’espèces végéta-les, et qui pourraient souffrir de la mise en place de jachères trop sélectives. En somme, que soient créés des espaces propo-sant une forte diversité d’espèces, assurant la bonne santé de toutes les abeilles, domestiques et sauvages.

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